TOC, acronyme qui signifie très ouvert culturellement, vient de sortir son quatrième numéro. Magazine d’actualité et d’interviews, cependant, il se démarque beaucoup des autres magazines d’information ou bien d’interviews, tel le très médiocre Entrevues.
En effet, TOC, né de la réflexion croisée d’intervenants qui a priori n’appartenaient pas au monde médiatique des journaux (Arnaud Champremier-Trigano, Pierre Cattan), semblent avoir inventé une nouvelle manière de composer les interviews. L’interview par excellence est un art de l’ellipse, du fuyant, de la glisse souvent insipide, ou bien encore du télescopage rapide et de la connivence. Sphère même de la pornographie du privé, comme on la lit dans les journaux people, ou bien encore de la propagande partisane au niveau politique ou de la séduction commerciale quand il s’agit de cinéma ou d’art. Le projet de cette « Société interviewée » qu’appose en son frontispice TOC, se démarque de ces types de logique, inaugurant un nouveau mode d’exposition : l’interview intelligente. Le problème que rencontre classiquement l’interview, quand elle ne s’est pas réfugiée dans le confort idéologique du seul sensationnalisme, c’est l’immédiateté de la parole, et l’impossibilité de la complexion. Ainsi, les seules interviews valables n’apparaissent que dans les revues qui, n’ayant pas souvent de critères de rentabilité et de nécessité de diffusion de masse, peuvent consacrer un réel temps de parole, et de là laisser l’intervenant prolonger ses analyses au-delà de la simple patience du lecteur moyen.
TOC, se voulant résolument ancré dans la diffusion de masse, puisqu’il est diffusé en kiosque, par sa formule, tente avec courage de briser cette difficulté. C’est en ce sens que chaque interview est liée à un dispositif hypertexte que l’on retrouve sur les bords de celui-ci en encadré, qui permet de préciser le propos, d’exposer spécifiquement les références, de noter des analyses qui auraient brisé la spontanéité du flux de la parole orale.
Et cette tentative, loin d’être maladroite, trouve résolument sa pertinence de numéro en numéro. Il n’y avait qu’à voir la surprenante interview de Dany par Philippe Di Folco dans le numéro 3, ou bien encore le passionnant dossier sur la Chine dans ce dernier numéro. Ce dossier met effectivement en lumière aussi bien l’art de la calligraphie de Wu Hua que la cosmologie chinoise ou encore la crise sociale et économique à partir du cinéaste Wang Bing. Grâce aux insertions hypertextes, les interviews non seulement sont limpides, mais permettent de bien comprendre ce qui se cache derrière des formulations parfois anodines, que le profane n’aurait pu véritablement comprendre.
TOC, par cette entreprise, accomplit plus qu’une ouverture de l’interview, il en change le fond. L’interview n‘est plus ainsi superficielle mais se démultiplie en des strates qui résonnent et permettent de pouvoir par soi-même s’immiscer dans de nouvelles perspectives. Là repose peut-être tout l’enjeu de la culture à l’heure du zapping médiatique : adapter des dispositifs pertinents, sans les dénaturer, au processus de digestion et de diffusion de la consommation de masse. Là où certains ne se réfugient plus que dans le compassé, la répétition tautologique du déjà connu, par le dispositif formel intertextuel, TOC accomplit la synthèse entre la lisibilité et l’acuité, et offre enfin la possibilité dans un magazine de kiosque de se détacher de la seule factualité de l’entretien pour percevoir les fondements spécifiques qui concernent le sujet traité.
Seul regret face à cette excellente initiative, des chroniques parfois faibles, voire malheureusement ringardes de maniérisme et peu talentueuses, telle celle de Marc Villemain, pâle réflexion sur l’actualité au style ampoulé de lycéen qui apprend à écrire et recherche l’originalité, ou encore ce journal d’un ours proposant des lectures, de Vincent Monadé, mis en texte selon l’art le plus insignifiant : une sorte de texte indigeste, où il cut des titres de livre, auxquels il renvoie intertextuellement. Et là je ne parle même pas de ses choix littéraires, symptomatiques de la confusion entre littérature et roman, entre événement people à commenter et désir de découverte, tel que cela se précise immédiatement, dans ce numéro 4, par sa déférence révérencielle à Justine Lévy.
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