Àepuis l’élection de Nicolas Sarkozy, Patrick Rambaud compile les évènements marquants, tant politiques que sociaux de ce que l’on a coutume d’appeler, aujourd’hui, La Sarkosie. Il livre, ainsi, chaque année, au mois de janvier, le récit de la période précédente de l’automne à la fin de l’été. Dans ce cinquième volume, il revient sur les événements grands ou petits, graves ou dérisoires qui secouent Le Château, et ses dépendances, de septembre 2010 à août 2011.
Dans les premières pages, après un portrait fidèle du Prince, il traite de la sécurité qui fit les Unes des gazettes avec en point d’orgue, le discours de Grenoble. Il aborde les affaires qui encerclaient M. Woerth, le duc de Chantilly. Viennent ensuite, les déboires de la duchesse de Saint-Jean-de-Luz empêtrée dans des vacances dans l’entourage d’un dictateur. La réforme des retraites, la guerre en Lybie, les révélations de Wikileaks, le remaniement ministériel, Fukushima, le loup Servier, le Sofitel maudit... sont quelques-uns des sujets approchés.
Il n’aborde les tracas de M. Sinclair de Washington qu’à la marge, l’essentiel de cette affaire sortant du calendrier des chroniques. Mais, déjà sur les premiers faits, le plume incisive de l’auteur fait merveille pour relater les circonstances et s’étonner : « ... ce qui se passa dans la suite présidentielle 2806 relevait de la performance, tant par sa virulence présumée que par sa courte durée, à croire que M. de Washington était tombé bambin dans une jarre de Viagra posée à côté de son couffin... »
Il détaille les turpitudes de ce milieu pour mieux les analyser et en tirer, sur ce ton pince-sans-rire qu’il affectionne, des portraits au vitriol, des maximes, des sentences, des morales d’une grande intelligence.
Patrick Rambaud multiplie, quand il désigne Le Prince, ces épithètes, ces qualificatifs fastueux, toujours en phase avec le contexte, d’une drôlerie singulière. De "Notre Sauveur Auto-Proclamé" à "Notre turbulent Monarque" en passant par "Notre Catastrophique Leader", l’auteur affiche quelques dizaines de ces titres tous plus pompeux les uns que les autres, avec force majuscules. Il décrit, en quelques mots, l’essentiel d’un personnage : Le docteur Kouchner avec son ordinaire servilité, Baroin, duc de Troyes avec sa voix lente, basse et soporifique de fakir...
Mais cette profusion d’adjectifs si véridiques, de portraits si authentiques, fait toucher du doigt le travail conséquent de l’auteur sur son texte. On retrouve avec plaisir un vocabulaire recherché, voire précieux. Il est agréable de relire des mots comme crapoteux, portraituré...
Un livre doit capter l’intérêt de son lecteur dès les premières lignes, par une accroche forte. Patrick Rambaud y réussit fort bien quand il commence les présentes chroniques par : « Le Prince changeait souvent d’opinion car il n’en possédait point en propre... Les faits divers des gazettes, sur quoi il aimait à se modeler, lui apportaient sa moisson quotidienne de mesures à prendre sans réfléchir, des larmoiements faciles, des discours sans suite. »
Ces chroniques sont un régal. Mieux que tous les bêtisiers stupides dont on abreuve les populations en fin d’année, c’est un zapping d’excellence, une vision réaliste, moraliste, d’un microcosme grotesque.
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