La maison d’édition Les Allusifs est une Grande petite maison. Un éditeur indépendant qui se consacre essentiellement à la publication de courts romans. Un éditeur québécois qui publie des écrivains du monde entier sans esprit de chapelle ni présidence à conseil de surveillance et pédégé blindé de stock-options, cela ne pouvait que nous mettre la puce à l’oreille. Quoi, au Salon du Livre de Paris, il y avait encore des éditeurs qui n’étaient pas sous la coupe de Vivendi, de Hachette, de Lagardère ? Et puis, ce petit air d’ailleurs, cet accent acadien qui flirte avec notre langue : on applaudit l’audace, on soutient le talent, on plébiscite les très beaux textes portés à bout de bras par une brigade de choc entièrement féminine. Un peu de jupons en quartiers-maîtres dans le landernau si macho de l’édition française (et francophone), encore un bravo à pousser dans le brouhaha des lancements de livres Kleenex... Voici donc de "petits grands" livres à savourer comme des péchés mignons, des friandises que l’on s’offre en plein régime, des cannelés de chez Lenôtre juste avant les beaux jours minceur...
Les Allusifs n’ont pas voulu rejeter le roman tel que nous le subissons (600 pages magnifiques mais interminables, ou 120 feuillets indigestes mais tellement tendance...) ni glorifier le règne de la vitesse que tente d’imposer notre siècle supersonique. Le roman court, ou encore miniature, se veut tout simplement un ajout au monde de la littérature. L’accent que Les Allusifs ont réussi à poser sur ce créneau particulier et prometteur ouvre une nouvelle fenêtre d’expression à des auteurs étrangers jusque-là ignorés, favorisant ainsi une norme créative inédite. Le catalogue, qui compte déjà vingt titres, est composé à moitié d’auteurs écrivant en français et d’auteurs traduits. Il convient de souligner la très belle réalisation et le format allongé qui facilitent la lecture, ainsi que les deux rabats de couverture qui permettent de retenir les pages lues - une sorte de marque-page intégré. Livre-design et livre-concept tout à la fois.
Anna pourquoi, le dix-neuvième opus, est une dramaturgie grecque qui renvoie à nos premiers sentiments, à notre découverte de l’amour et à la terrible dépendance qu’il génère, à son irrésistible pulsion de mort qui s’adosse au désespoir de l’amant éconduit. Dans une langue riche, chaude et allusive, Pan Bouyoucas narre l’éternelle histoire d’un homme qui aime une femme qui ne sait plus l’aimer, qui ne peut plus l’aimer sans se perdre elle-même. Alors comment expliquer ces inscriptions peintes en blanc sur les rochers : "Anna pourquoi" ?
Située dans l’île grecque de Léros, l’histoire se déroule dans une forteresse byzantine. Là, perchées entre un ciel bleu cobalt et une mer aubergine, la nonne Nicoletta et la novice Véroniki tentent d’apprivoiser le silence et de briser la solitude. L’entretien de la chapelle n’y suffit pas toujours. Le vertige créé par l’obscurité se nourrit des âmes brûlées par les remords et les tourments du corps qui ne peut se faire oublier... Pour ne pas sauter il faut s’entraider, vaincre la fatalité. En découdre avec les relents d’amertume et ne pas se laisser prendre par l’absolue beauté du panorama qui invite à s’envoler pour l’ailleurs... Mais un jour un beau diacre survint, peintre d’icônes et porteur d’une si grande tristesse qu’il en oublie parfois de s’alimenter. Oublié des hommes et de celle qu’il aime dans cet asile de Dieu, le jeune homme va allumer les feux du désir et jouer son destin à l’aplomb des précipices qui entourent l’abbaye.
Que va-t-il se passer les nuits d’orage ?
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