Jacqueline Lamba ne fut pas la seule muse d’André Breton. Si elle fut bien l’inspiratrice de L’Amour fou (1937) elle n’en était pas moins, en tout premier lieu, une artiste. Une peintre de talent. Une amoureuse de la liberté et des arts. Qui décida très tôt d’y consacrer sa vie. De s’y immerger totalement. Ayant toujours sur elle un carnet qu’elle remplissait d’esquisses. Sources futures de ses tableaux. Ses paysages, filtrés par son regard, se transformaient par son pinceau en d’énigmatiques nuances colorées.
En contact avec les plus grands artistes du XXe siècle, Jacqueline Lamba a réussi l’incroyable exploit de laisser une trace en chacun d’eux : Breton, Artaud, Picasso, Frida Kahlo, Dora Maar. Tous l’évoquent pour son caractère positif. Pour son énergie vitale. Mais aussi pour ses qualités artistiques...
Elle a vécu dans une atmosphère imprégnée de passion. A une époque où les jeunes teintaient le monde des couleurs de la révolution. Mais Jacqueline Lamba ne se laissa pas entraîner dans le tourbillon de l’Histoire. Elle s’exprimait par ses tableaux, uniquement. Par l’art sur lequel elle a fondé toute sa vie...
Née en 1910, à Paris, quand les cubistes, les fauves et les futuristes s’attaquent aux principes mêmes de l’art. Un signe des étoiles. Un destin... qui la conduira le 20 mai 1934 dans un café à croiser André Breton. Il la voit scandaleusement belle. Sa beauté est digne d’un conte de fée. Elle rayonne. Ils s’aimeront et auront une fille, Aube. Mais elle n’en est pas moins une femme libre. Elle laisse parfois sa fille pour partir dans le sud, retrouver Picasso et Dora. Les deux femmes sont complices. Un trio se forme.
Jacqueline et Picasso ont un caractère semblable, emprunt d’égoïsme. D’une curiosité pour le monde, pour la vie. Cela les incite à ne renoncer à aucune occasion, même aux dépens de ceux qui les aiment. Dora Maar est différente. La femme qui pleure n’a finalement pas plus d’importance qu’un grain de poussière. Mais l’amitié soude ces trois amis.
"Une photo montre Jacqueline assise à même le sol : son corps d’ivoire n’est vêtu que d’un collier de coquillages qui se confond avec son épaisse chevelure blonde." La pudeur n’était pas inscrite en elle. Sa soif de liberté imposait son corps aux yeux des autres. De magnifiques clichés de Dora Maar ou Man Ray, notamment, en témoignent...
La Seconde guerre mondiale embrase l’Europe. Jacqueline, Aube et Breton fuient à Marseille puis en Martinique - où ils feront la connaissance d’Aimé Césaire - avant d’arriver à New York. Pris en charge par des amis, ils s’installent dans Greenwich Village. André Breton bénéficie d’une rente versée par Peggy Guggenheim pendant un an pour "lui donner la possibilité de découvrir tranquillement ce qu’il pourrait faire."
Jacqueline en profite pour prendre le temps de réfléchir. Et de peindre. Elle vit alors de façon très solitaire. Les fréquentes disputes avec Breton l’ont fatiguée. Et tandis que Breton se démène pour sortir Minotaure de ses cendres un jeune artiste américain, David Hare, rejoint le projet et le 12 juin 1942 le premier numéro de VVV paraît... auquel Jacqueline collabora.

Puis les choses tournèrent autrement. Jacqueline Lamba divorça de Breton. Eu un fils avec David Hare, Merlin. S’installa aux Etats-Unis. Avant de divorcer derechef. De regagner la France. De ne se consacrer entièrement qu’à la peinture. Une vie qui se déclina comme une étoile filante. Une biographie richement illustrée qui se lit comme un roman. Une intensité narrative qui rappelle les plus beaux fantômes du surréalisme, de la peinture, du monde des arts.
Un petit bonheur. Ne passez pas à côté...
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