Rentrée 2010
Le roman débute en 2322 dans les monts du Karakoram au nord du Pakistan. Depuis trois siècles, les catastrophes climatiques et les épidémies ont réduit la population mondiale à quelques dizaines de milliers d’individus. Les survivants, réfugiés sur les plus hautes montagnes, voient les eaux monter sans cesse. La situation devient de plus en plus critique. Les dirigeants de K1, menés par le président Tubal-K ont trouvé une solution. Vingt-deux pionniers et leur famille vont partir à la conquête de nouvelles terres.
Parmi ces pionniers, il y a la famille de Kane Adamsohn, Lilian son épouse, Kali, un garçon de dix-sept ans et Tsilla, une gamine de neuf ans. Les pionniers ont subi, depuis des mois, une préparation intensive pour remplir leur mission telle que définie dans le Protocole de Nod. Avant de partir les membres des familles doivent passer au conditionneur m&moriel qui opère un tri rigoureux dans les souvenirs.
Un matin de l’été 2020, à Mediola, une cité du sud-ouest de la France, Angelo révèle à Pauline, sa jumelle, qu’il ne peut plus, comme elle, fréquenter la Winners’ School. Il a été classé X-Case - type 1 et doit suivre la formation d’un centre spécialisé. Pauline est effondrée et sa rentrée, dans l’établissement d’élite, bien maussade. Avec son amie Norma, elle rencontre Luka un nouveau qui, après une période de retenue, devient séduisant à ses yeux. Pauline veut se présenter aux élections des élèves délégués au conseil d’administration. Elle doit faire campagne, réaliser une affiche et une profession de foi. Norma lui conseille de mettre un portrait réalisé par le nouveau photographe, installé depuis peu, qui réussit des clichés exceptionnels.
Angelo a été envoyé à Objectif Réussite, une structure de type militaire. Il fait connaissance de trois autres garçons, comme lui. Ils doivent lutter à la fois contre les Bads, (des délinquants) les instructeurs et les médecins qui veulent les étudier : leurs capacités inquiètent le gouvernement.
Dans la région où la chaleur règne en maîtresse, la petite fille du photographe donne des graines aux pigeons. Une pandémie se déclenche qui éradique tous les ramiers de la région. Mais quand des humains présentent des symptômes similaires...
Le Signe de K1 aborde de front nombre des problématiques liées à notre société. Si Claire Gratias déporte, pour l’essentiel, son action en 2020, elle transpose de façon tout à fait plausible les faits marquants de notre société d’aujourd’hui. Elle accompagne les évolutions qui s’amorcent, ces mutations que l’on peut accepter, regretter ou refuser. Sous couvert de fiction, elle suscite une prise de conscience des enjeux auxquels notre civilisation doit faire face. L’auteur utilise très adroitement les situations existantes pour en porter certaines à un paroxysme cohérent comme l’échec scolaire, la sélection selon des critères approximatifs et arbitraires. Elle nous régale avec la matière fournie par nos actuels dirigeants réintégrant dans son récit, à point nommé, la Princesse de Clèves, le gêne de la délinquance, celui de la dissidence...
Claire Gratias construit son intrigue avec beaucoup d’attention, jusque dans les moindres détails. Ce n’est pas par hasard qu’elle choisit, par exemple, le massif du Karakoram ou qu’elle donne le nom Nod au protocole conçu pour les pionniers.
Elle détaille avec justesse les profils des héros et concocte une intrigue forte, mettant en œuvre des concepts de la SF comme la dimension temps, le traitement de la mémoire, l’évolution du cerveau humain...
On connaissait le talent de Claire Gracias pour élaborer des intrigues policières d’une grande efficacité. Son arrivée dans l’univers de l’imaginaire où elle démontre une habilité et une aisance à en manier les concepts et les sujets est à saluer.
Ce livre est une des très bonnes surprises de la rentrée, un roman riche et passionnant de bout en bout.
Il y a 3915 signes dans cet article.