Merci !
Oui, merci, il faut savoir reconnaître le très agréable moment passé en compagnie de ce livre désopilant, désarmant, décapant, déconnant aussi, tiens, faut le dire, cette chronique d’un métier impossible, celui d’éditeur, est une farce comme on en faisait au XVIIIe siècle, un pamphlet comme Hugo savait les construire, notamment son Napoléon le petit (ici, ce serait plutôt Luc, mais bon, ne balançons pas tout de suite). Voici une satire cinglante, une chronique féroce de notre société dépourvue de bon sens, uniquement axée sur le rendement, la référence, la réduction des coûts, le chiffre de vente, la sacro-sainte marge en oubliant... le contenu.
Oui, cette histoire de fous se passe dans le monde de l’édition, mais pas celui des amoureux du livre, non, celui des cinglés du monde associatif qui dénoncent et défendent tout et n’importe quoi pourvu que l’on parle d’eux et qu’ils puissent publier un livre creux qui leur permette de faire parler d’eux (la cause n’est qu’un prétexte), puis du monde industriel et financier qui gère les maisons d’édition comme une simple filiale, qu’elle publie des livres ou qu’elle fabrique des bouteilles en plastique n’ayant aucune importance...
Cette Brune d’Oublevée nous fait tout de suite penser à un certain Bruno W. qui eut, par le passé, bien des misères avec un conglomérat d’ASBL (l’équivalent de l’association loi 1901 française, en Belgique) que nous dénoncèrent en son temps (ce qui eut pour effet de régler rapidement le conflit et à Bruno de récupérer son fond), puis qui s’aventura, mal lui en prit, chez un des pires imprimeurs belges qui se prenaient aussi pour un éditeur, pour un financier, un capitaine d’industrie, comme feu Les éditions Nicolas Philippe, et qui finit dans les bas-fonds, tout comme son alter ego français, à force de coups financiers plus ou moins tordus...
Oui, cette auteure d’une étude sur le Z. de Costa Gavras, admiratrice de Jacky Ickx, sensée vivre sur une île grecque d’où elle dirigerait une Fondation qui collecterait les inventions du célèbre Q dans les films de James Bond, me semble bien être un avatar. Pas vous ?
Il y a des signes qui ne trompent pas : La Muette, ce nouvel éditeur 100% belge, né sous l’aile protectrice des Editions du Bord de l’Eau (rien à voir avec le groupe du Pire), est siglé, sous son logo, encore QUE. Une collection dans la collection, un éditeur belge qui sera une collection française, les poupées russes ont trouvé leur maître !
Un petit caillou sur le chemin de Damas qui nous rappelle immédiatement les éditions QUE, que le fameux Bruno W. dirigea jusqu’à la faillite d’un célèbre diffuseur qui entraina dans sa chute plus de deux cent éditeurs indépendants, dont QUE. D’où le parcours du combattant que Bruno a mené pour renaître de ses cendres, conserver les manuscrits de Serge André, confiés par sa veuve, tenter de reconstruire une officine pouvant derechef publier des livres, et non se vautrer dans la complaisance de pseudos altermondialistes de l’édition ou subir les escroqueries d’un petit bouffon de l’édition qui avait la prétention de faire figurer devant le nom de son entreprise le mot groupe, folie des grandeurs qui ne réussit qu’à creuser les pires abysses dans la trésorerie dont les salariés furent les premières victimes...
Prenez une heure de votre temps, et régalez vous ! Trop rares sont les livres qui déclenchent d’authentiques éclats de rire. Et nul besoin de décrypter les clés de ce roman pour en jouir. Que cela se passe dans l’édition n’est finalement qu’un prétexte, un décor, car notre société mondialisée impose désormais le même fonctionnement dans tous les domaines.
Humour belge à chaque page, le fantôme de Desproges s’invite parfois, on se réjouit de voir que l’esprit QUE n’est pas mort. Après les délicieux délires de Stefan Liberski (Les béatitudes de Ravi Pangloss), voici un nouvel opus à inviter dans votre bibliothèque pour lui redonner le moral...
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