Hassan est un des derniers immigrés entrés en Europe légalement. Depuis, avec l’installation du Limes, une frontière électronique qui barre le nord de la Méditerranée, la reconduite est monnaie courante. Il lui faut vivre, avec sa famille, sans attirer l’attention d’une quelconque autorité. Il est employé à l’entretien de l’usine Polyplast de Feyzin, une usine de pétrochimie où sécurité et antipollution sont inconnus. Amina, sa fille de treize ans affirme sa volonté d’indépendance et Malik, son aîné l’inquiète. Ce dernier rêve d’un autre avenir. Il ne se voit pas travailler, après l’obtention de son diplôme, comme technicien pour un salaire mensuel qu’il gagne en une semaine en revendant des cigarettes de contrebande. Dans la cité, il a quelques amis dont TitNat, une ado que son père, un vigile, maltraite régulièrement.
Hassan, le oussama, doit réparer une fuite importante d’hydrogène, sans arrêter la production. C’est l’accident. Une partie de l’usine explose, pulvérisant l’ouvrier. En essayant d’avoir des nouvelles de son père, Malik se fait remarquer. La police le place en garde à vue. À sa sortie, il veut venger sa mort en tuant le "patron de cette usine de merde." Il se procure un revolver et veut profiter de la manifestation contre la délocalisation de l’activité. Pendant le discours de Fiora, une militante du mouvement Une Seule Terre, Malik voit deux limousines arriver sous haute protection. Il se faufile, sort son arme quand un vigile, le père de TitNat, le voit. Une main s’abat sur son bras. C’est l’oratrice qui l’entraîne avec elle.
Devant l’apathie des mouvements revendicatifs, des syndicats, les deux amants, avec une poignée d’amis, créent les Ecowarriors, pour lutter contre tous ceux qui mettent la terre en danger. Mais très vite, ils vont se retrouver avec toutes les forces de l’ordre aux trousses...
Jean-Marc Ligny place son intrigue en 2020, au cœur de la banlieue lyonnaise. Il aborde nombre des questions qui font le quotidien, directement ou indirectement, de l’actualité. Il restitue, en partie, la vie des cités dites sensibles et de leurs habitants. Il expose les conditions d’existence des personnes en situation précaire tant politique que législative, tant sociale qu’administrative. Il décortique le cheminement de la révolte d’une jeunesse face à la perspective d’un futur déprimant, le rejet d’une éducation et d’une formation. Il montre le rôle, les méfaits et les conséquences de l’économie souterraine, la facilité financière ponctuelle qu’elle offre rendant dérisoires les conditions d’un emploi salarié. Il est vrai que la situation d’Hassan Hassan ne donne pas spécialement envie de s’engager sur une telle voie. L’auteur n’est pas tendre avec les patrons, mais aussi les représentants syndicaux ou les petits chefs. Il dénonce, à travers quelques portraits d’une véracité remarquable, la recherche du profit à tout prix, la veulerie qu’engendre la peur de perdre son emploi et de se retrouver dans une situation critique.
Il brosse ainsi, à travers le portrait d’un capitaliste, la situation de ceux qui mangent à tous les râteliers, ne respectent aucune éthique et bénéficient, grâce à leurs contacts et leurs réseaux, d’une impunité de fait. Il montre le cynisme qui habite ces individus et qui en fait des êtres méprisables.
Cependant, malgré cette noirceur, ce sentiment d’inexorabilité, le couple de héros découvre l’émerveillement de l’amour, ce sentiment vieux comme le monde mais toujours si nouveau pour ceux qui l’approchent.
Dans ce cadre, avec un groupe de personnages crédibles, l’auteur place une intrigue où la tension ne faiblit pas. Le rythme du récit, la multiplication et la diversité des actions font qu’on dévore cette histoire d’une traite. Ce livre, écrit avant 2010, trouve une résonance forte avec les événements actuels. Mais l’auteur entraîne ses héros dans une croisade positive, voulant s’en prendre aux véritables responsables et non à des individus qui, soient n’y sont pour rien, soient n’ont d’autre choix qu’obéir.
Jean-Marc Ligny, après le formidable AquaTM (L’Atalante, 2006) signe avec Green War, pour un public plus jeune, un livre aussi fort, aussi intéressant, aussi poignant.
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