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Amérique du Sud. Un petit village adossé au volcan Tipec. Une atmosphère délétère. Et un nouveau postier qui pointe le bout de son nez. Aussitôt la pression monte. Les langues se délient. Les fantasmes se transforment en réalité. C’est le séisme final ! Pour son premier roman paru en France, l’universitaire Alain Beaulieu (auteur d’une dizaine de livres) nous invite à une variation subtile sur le thème du mensonge. Comme quoi les corbeaux sont les mêmes des deux côtés de l’Atlantique. Mais la pauvreté et l’autarcie imposent aux villageois des compromissions d’un autre ordre que ceux auxquels nous attendrions. C’est là tout l’intérêt de ce roman... Les miroirs renvoient de drôles d’images. Les victimes supposées pourraient bien être d’insoupçonnables coupables.
C’est que le postier Passila est intuitif. Dès son arrivée il sait qu’il a mis les pieds dans un drôle d’univers. Il se laisse prendre au jeu. Ludovia est un bourg qui crève de misère. Ses habitants sont pour le moins froids. Mais Passila jouera le jeu jusqu’au bout. Il serra la main du maire, un falot qui l’accueille plus par obligation. Ses premières nuits passées à l’hôtel ne sont pas de tout repos. Miranda, la tenancière, a, elle aussi, son caractère. Très vite il doit admettre que sa neutralité ne va pas tenir. Le postier casque bleu ne passera pas. Alors il se met à rêver aux beaux yeux de la très belle Estrella. Pas une si bonne idée. Car il est avant tout considéré comme l’étranger. Et sa présence sert de catalyseur pour que toutes les haines enfouies depuis des lustres resurgissent. Le boulanger, le taxi, le docteur, le policier : tous ont une raison d’en vouloir à l’un des trois autres. Un vrai sac de nœuds. Et Passila risque bien d’en payer les pots cassés. Il va devenir la marionnette de service dans les mains des villageois. Pourra-t-il tirer son épingle du jeu ? Et s’enfuir avec la belle Estrella ?
Une très amusante variation sur le thème du mensonge qui vous séduira. Une construction à l’américaine : vous serez piégé dès la première page. Vous serez transportez. Un voyage aussi bien géographique que psychologique. Des paysages à couper le souffle à la visite de ces âmes perdues, vous ne serez pas déçu par le voyage... Le plus étrange c’est quand vous refermez le livre. Vous n’arrivez pas à vous décider. Un étrange sentiment vous habite alors. Preuve que ce roman aura réussi à vous retourner. N’est-ce pas ce que l’on demande à la littérature ?
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| Alain Beaulieu, Le Postier Passila, coll. "Domaine français", Actes Sud, mai 2010, 185 p. - 18,00 € |
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