Puisant à la source des légendes indiennes, Milton Hatoum revisite la mythe de la Cité Enchantée. Il transfigure en fiction une Atlantide amazonienne dans laquelle ont sombré tous les navires, toutes les fortunes et toutes les passions.
Au bord du fleuve Amazone, un passant vient chercher refuge à l’ombre d’un courbaril. Il devient le dépositaire de l’histoire d’un vieux fou. Parallèlement à son histoire d’amour désespérée pour une indienne de la forêt qu’il érige en mythe, il dresse la chronique d’une famille, de cette région unique au monde et surtout d’une époque où la sève du caoutchouc suffisait à incarner les rêves séculaires d’un Eldorado brésilien.
Tout n’est que splendeur et rêve de puissance : c’est la grande époque des cargos et des vapeurs à eau. Le cœur de Manaus bat sur les berges du Rio Negro. La zone portuaire fourmille de vendeurs de poissons ou de charbon de bois, de porteurs ou de camelots ; tandis qu’au loin, croisent les navires de transport sur lesquels la famille Cordovil a bâti sa fortune.
Mais la première guerre mondiale approche et l’Asie commence à s’intéresser de très près aux pousses d’hévéa. Le déclin est inévitable et le défi impossible à relever pour le jeune héritier. L’héroïque dynastie des barons du caoutchouc va faire long feu...
À la mort de son père, alors que la compagnie commence déjà à péricliter, le jeune homme dilapide sa fortune avec voracité dans les plaisirs faciles, sans doute envoûté par les sortilèges d’une jeune orpheline indienne élevée par les carmélites.
Une danse endiablée, un baiser fougueux, une morsure qui fait saigner la langue : il n’en faut pas plus pour que leurs destins soient liés pour toujours. La jeune indienne n’aura de cesse que de partir habiter la Cité Enchantée au bord du fleuve. Il ira donc surtout s’il veut trouver l’or, les lumières et le bonheur qu’elle lui promet...
Un roman grandiloquent qui rappelle les folies de Klaus Kinsky dans l’extraordinaire Aguirre de Werner Herzog. Car la quête du rêve impossible amène irrémédiablement à la frustration. Et c’est cette poursuite d’une chimère démesurée que nous peint Hatoum dans un vibrant hommage aux mythes de son Amazonie natale. Se basant sur le fait que les colonisateurs cherchaient bien l’or d’un nouveau monde dans la cité engloutie de Manoa, il mêle adroitement la grande histoire aux légendes, la mémoire d’un peuple à son écriture hybride d’une rare modernité pour nous donner une fable contemporaine.
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