Ancienne journaliste au Miami Herald, Edna Buchanan est l’auteur de nombreuses nouvelles et surtout de seize romans à suspense, alternant ceux de sa série Britt Montero et ceux classés sous l’appellation La Brigade des affaires non résolues.
Dans L’Amour tueur en série, elle réunit en un seul les deux séries autour du fil conducteur qu’est le personnage de Britt Montero, journaliste d’investigation à Miami - toute ressemblance avec une personne réelle précédemment citée pourrait ne pas être totalement fortuite.
Dans les Everglades, un bulldozer déterre les restes d’un kidnapper en série mystérieusement disparu plusieurs mois auparavant. C’est la Brigade des affaires non résolue qui est chargée de rouvrir l’enquête. Or la dernière personne à avoir vu la victime vivante n’est autre que Britt. Les policiers cherchent en vain à la joindre.
Elle panse ses blessures sur une île paradisiaque, essayant de se remettre de la mort de son fiancé (mort dans l’explosion d’une maison quelques opus en arrière). Sa meilleure amie, la photographe Lottie Dane, vient la rejoindre et la convainc de rentrer avec elle à Miami. Avant de partir, toutes les deux trouvent sur la plage un appareil photo jetable. Il contient les clichés d’un couple d’amoureux en lune de miel. Mais de retour à Miami, elles apprennent que les jeunes mariés sont portés disparus. Son flair indique à Britt que cette histoire d’amour brisé qui lui rappelle tragiquement la sienne fera un de ces coups médiatiques dont elle a le secret.
Edna Buchanan combine avec talent deux enquêtes palpitantes, des personnages attachants ou drôles dont les vies s’entrecroisent, des rebondissements, et en fil rouge l’histoire de Britt, enceinte de son amant perdu, qui s’interroge sur le sens de sa vie mais ne perd jamais de vue son boulot, tour à tour déprimée et pleine d’autodérision. Intrépide et tenace, le personnage rappelle forcément son auteur, dont la parfaite connaissance des mondes du journalisme d’investigation - comment mettre ses interlocuteurs en confiance, savoir exactement où s’arrêter et où appuyer, repérer entre toutes l’histoire que tout le monde s’arrachera, affronter le danger aussi parfois - et de la police donnent à ses romans toute crédibilité.
Celui-ci a la particularité de mener en parallèle deux histoires, de les faire se recouper mais pas par leur contenu - les deux enquêtes ne mèneront pas au même tueur comme on pourrait s’y attendre -, par leurs personnages. Ce sont eux les liens, ces êtres abîmés, à la fois atypiques et terriblement normaux, aux relations difficiles, tendues, aux passés communs, aux tragédies partagées alors qu’il appartiennent normalement à deux mondes différents, deux séries de romans distinctes.
L’Amour tueur en série est de ces livres qui vous agacent car ils vous entraînent jusqu’aux petites heures de la nuit sans que vous parveniez à le refermer une fois la moitié passée.
L’histoire prend son essor, les personnages et les faits sont subtilement mis en place, puis tout s’accélère, en une succession de scènes où le suspense sait laisser place à l’humour. Du pur bonheur, malgré un titre et une couverture peu engageants.
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