Le nouveau roman de Nathalie Hug et Jérôme Camut s’ouvre sur le personnage de Jan Craven. Il a reçu, dans un colis, une paire d’yeux et s’interroge pour savoir si elle appartient à Harry ou à Peyton. Il décide de coucher par écrit les circonstances et le parcours qui l’ont amené dans cette situation qui frôle la folie.
D’origine rurale, Jan a consacré toute son énergie à satisfaire son ambition et devenir le présentateur du Journal Télévisé du week-end. Mais, il est débarqué brutalement et reste de longs mois sans travail, le moral en berne. Pour un voyagiste, il accepte d’aller tester un nouveau site touristique dans l’état du Kerala, au sud de l’Inde. Lors de sa première balade, il tombe dans une fosse dont il ne peut ressortir, malgré ses efforts. Un homme hirsute apparaît, tient des propos incohérents en se désignant sous le nom d’Harry, lui urine dessus et s’en va.
Secouru quelques heures plus tard, Jan veut retrouver l’olibrius. Il découvre, après avoir évité quelques pièges, une installation arboricole dans la meilleure tradition de Tarzan. Il attend que l’occupant s’absente pour visiter les lieux. Il trouve, sous une paillasse, un bracelet d’incarcération à domicile, une médaille de baptême et un passeport britannique au nom de Simon Fergusen. Ces éléments intriguent l’excellent journaliste qu’il a été. Renseignements pris, l’identité correspond à celle d’un marin de Jersey, qui a fait naufrage au large de Terre-neuve, il y a une dizaine d’années. Harry qui vient crier au vol lui donne l’occasion de nouer une relation. Peu à peu, celui-ci livre quelques bribes de son passé, un long séjour dans un conteneur aménagé, son arrivée dans une villa où deux personnes s’occupaient à satisfaire ses fonctions basiques : manger, dormir, se sentir en sécurité. Il lui révèle qu’il est riche. Jan montre son incrédulité, jusqu’au moment où Harry, au terme d’un voyage aventureux à bicyclette, l’amène jusqu’à la villa. Il déterre des billets, des lingots d’or...
C’est alors qu’ils sont attaqués par des inconnus lourdement armés. Jan comprend que quelqu’un en veut vraiment à Harry ou à celui qui se dissimule sous ce nom, pour avoir mis cette maison sous surveillance, pendant dix ans ! Qui cherche à éliminer Harry et pourquoi ?
Nathalie Hug et Jérôme Camut nourrissent leurs polars ou leurs romans d’aventures avec les effets et les conséquences de déséquilibres et de pathologies psychologiques peu communes. Ils mettent en scène des dysfonctionnements inaccoutumés du métabolisme psychique ou mental. Après le syndrome de Jouvet et ses travaux sur le sommeil paradoxal dans Les Éveillés, (Calmann-Lévy) le développement anormal de l’épiphyse dans 3 fois plus loin (Calmann-Lévy), ils abordent un cas de folie, de blocage des souvenirs assorti de la théorie de Schrödinger. Ils développent, parallèlement, l’attachement d’un individu pour un autre, son évolution sentimentale, alors que son parcours, jusque là, laissait penser à un total désintéressement pour les autres. Autour des deux héros de cette folle aventure, les auteurs intègrent une galerie de personnages attractifs, aux caractères inattendus, aux profils variés. Les relations entre les deux protagonistes sont finement étudiées, remarquablement mises en scène avec l’évolution des sentiments de l’un par rapport à l’autre.
Pour leur intrigue, les auteurs dévoilent tout leur savoir-faire pour concocter une histoire astucieuse et ambitieuse à souhait. Ils enchaînent les péripéties les unes aux autres, les organisent de façon à démolir les hypothèses formulées précédemment. Ils désorientent le lecteur qui est promené de fausses pistes en révélations, celles-ci s’avérant fallacieuses quelques pages plus loin. Mais n’est-ce pas le propre de bons auteurs que de prendre ainsi leurs lecteurs au piège et les promener, par le bout du nez, de surprise en surprise, jusqu’à une chute finale imprévisible ?
Une fois encore, avec Les Yeux d’Harry, Nathalie Hug et Jérôme Camut réussissent à merveille ce tour de force !
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