Imaginez un retour de vacances. Après avoir bronzé, après avoir dormi (ou pas), vous vous remettez en traînant des pieds au travail, l’esprit encore ensoleillé par les magnifiques paysages du Sud et sa chaleur étouffante. Mais alors que vous ouvrez votre site préféré, lelitteraire.com, et regardez ce qu’ont écrit les collègues, votre cœur ne fait plus qu’un bon. Puis une longue plainte quitte votre gorge pour surprendre la personne assise à coté de vous : « Oh non ! » Eh oui. Pendant que vous étiez coupé du monde, de votre ordinateur et de sa magnifique connexion internet digne d’un modem du début de votre adolescence (pourtant j’ai bien l’ADSL, mais le dieu de l’informatique ne m’aime pas beaucoup), votre inestimable confrère à tout simplement écrit un article sur le même sujet que vous.
Quelle ne fut pas ma surprise de voir que Serge Perraud avait déjà critiqué Ordre Noir de Johan Héliot. J’avais lu le livre, mon article était prêt « à la Mozart » (dans ma tête donc, il ne manquait plus que la transcription sur le papier, ou le clavier) et voila qu’une pause estivale et la passion partagée pour le même genre littéraire détruisent tout mes espoirs...
Après m’être lamenté sur mon sort durant de nombreuses heures, je me suis rappelé qu’un des maîtres mots de notre site était la subjectivité. Celle-ci est importante : nous ne sommes que des humains et nous ne pouvons nous permettre d’imposer aux autres êtres nos opinions littéraires. Nous avons un avis, nous vous le partageons, mais nous acceptons que d’autres pensent différemment. Il est de ton droit, lecteur, de ton devoir même, de ne pas suivre bêtement nos avis et nos critiques. Avec intelligence tu nous liras, et avec plaisir tu vivras !
J’ai donc finalement décidé d’écrire ma critique sur Ordre Noir et de vous la faire partager malgré le fait que Serge Perraud m’ait précédé. Pourquoi ? Parce que si nous, les chroniqueurs du Littéraire, sommes subjectifs chacun de notre coté, ensemble, nous créons un début d’objectivité. Un faible début, certes, mais un début tout de même. Ainsi en lisant plusieurs articles sur un ouvrage, en « recoupant les opinions », vous pourrez vous faire un avis à peu près objectif de l’œuvre. Bon, malgré tout, je dois aussi vous dire un petit secret : tous les avis se valent, oui, mais le meilleur reste le votre !
Ma position sur l’ouvrage est toute simple. C’est celle de Serge Perraud, mais poussée encore plus à l’extrême : Ordre Noir est tout simplement un des meilleurs livres que j’ai lus cette année. Le meilleur ? Je ne peux le dire, l’année n’est pas finie et trancher entre cet ouvrage de qualité et d’autres n’est pas chose aisée...
Une histoire de monde parallèle. Patricia, Bradley, Meyer, Matthew, Avri... sont les héros de cette aventure. Des héros humains, loin de notre vaillant chevalier servant du Moyen Age. Des héros confrontés à l’inconcevable pour leur esprit et qui pourtant l’acceptent. Des héros à la psychologie fouillée sans pour autant tomber dans l’habitude de la SF. L’histoire paraît simple de prime abord : aux Etats-Unis une explosion a lieu dans une galerie commerçante et alors que la héroïne, jeune institutrice, est sûre d’avoir vu un attentat, tous lui affirment que la cause de l’accident n’est que l’explosion d’une canalisation de gaz. La demoiselle a-t-elle eu des hallucinations ? Que lui arrive-t-il ?
Il faudra une discussion avec un membre d’un service fédéral pour comprendre que l’attentat camouflé par les fédéraux n’est qu’une étape parmi d’autres du combat opposant les gentils aux méchants, les bons face à Ordre Noir. En parallèle à cela nous est racontée l’histoire d’un guerrier palestinien lors de la dernière prise du temple de Jérusalem par les romains et la vie d’un avocat ayant sombré dans l’alcool et qu’un groupuscule a tendance nazie essaye d’embrigader durant la crise aux Etats Unis. Nous retrouvons certaines perles lâchée ici et là par l’auteur qui rendent l’ouvrage extrêmement intéressant à suivre, telles l’histoire inventée de l’Allemagne hitlérienne si les SA avait survécu aux SS lors de la Nuit des Longs Couteaux, la réalité sur le projet Manhattan, la guerre du Vietnam sous un autre point de vue... Une fiction réellement stimulante où nous regretterons juste l’absence d’approfondissement sur les diverses théories des mondes parallèles : plusieurs circulent dans l’univers de la science-fiction (ou de la science même), or une seule est ici explicitée.
Les précédents ouvrages de Johan Héliot ont toujours été appréciés du Littéraire. Et cela une fois de plus. C’est à mon avis le livre à offrir aux adolescents en quête de livres prenants pour la pause estivale. Bien que personnellement je regrette un peu (beaucoup oui !) la position que prend le livre face à la religion, que celle-ci soit juive ou catholique, force m’est de constater que l’ouvrage, du point de vue strictement littéraire, est excellent. La question qui accroche le lecteur durant toute la première partie est « comment l’auteur va-t-il lier tout cela ? » La deuxième partie du livre voit notre esprit se dire « comment va-t-il résoudre tout cela ? »
De manière excellente. Ecrit dans un français plus qu’agréable à lire - au contraire de la majorité des ouvrages du genre traduit de l’anglais. Prenant sans pour autant nous conduire de rebondissements en rebondissements pour tenter de nous tenir en haleine, Ordre Noir ne se lâche pas facilement. Scène d’action, scène d’explication scientifique, scène paisible, tout s’y trouve comme dans un film. Un film en livre tout simplement. Souvent les auteurs n’y arrivent pas, ne donnant qu’une impression de pâle copie des chefs-d’œuvre du cinéma au rythme si particulier.
Mais ici, point de cela. Johan Héliot maîtrise tout simplement son ouvrage du début à la fin tel un Hitchcock de la littérature. Voulue ou non, cette ressemblance avec nos meilleurs films hollywoodiens tel les meilleurs James Bond est là, rien que pour vos yeux !
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