Sous le soleil exactement, soit, allongé sur un matelas, sans problème ; mais avec un livre entre les mains. Et plutôt que de céder à la facilité en attrapant le dernier Marc Lévy dans le kiosque de la gare, mettez donc dans vos bagages quelques perles venues d’Orient.
Liste non exhaustive mais fortement conseillée...
Le Musicien et le Calife de Bagdad, de Rachid el-Daïf, roman traduit de l’arabe (Liban) par Xavier Luffin, Actes Sud, avril 2010, 272 p. - 20,00 €
Originaire de Hedjaz, un jeune poète et chanteur, Ma’bad, se décide à aller chercher fortune à Bagdad. Il y arrive par malchance vers 810, au moment où la guerre civile opposant les deux fils de Haroun al-Rachid, al-Amîn et al-Ma’mûn bat son plein.
Dans la grande métropole abbasside, Ma’bad fréquente les bas-fonds et les lieux de plaisir, et se fait peu à peu connaître et apprécier par les notables des deux bords. Devenu chanteur attitré d’al-Amîn, il prend la fuite pour B’assra lorsque son maître perd définitivement la partie. De là, les hasards de la vie aventureuse le conduisent jusqu’en Iran, mais on le retrouve bientôt à Bagdad, cette fois au service d’al-Ma’mûn, où il encourt tour à tour sa disgrâce et sa faveur...
Puisant son inspiration pour l’essentiel dans deux grands classiques arabes du Xème siècle, Le Livre des chansons d’Isfahânî et Les Prairies d’or de Mas’ûdî, Rachid el-Daïf (professeur de langues et littérature arabes à l’université de Beyrouth) nous offre un beau roman historique qui, à l’instar de ses prestigieux modèles, voudrait "instruire en divertissant" - ou inversement.
La tableau qu’il dresse de Bagdad à son apogée est celui d’une ville où le brassage des populations et le métissage des cultures engendrent une étonnante liberté des mœurs. Et nous voyons éclore une véritable "civilisation du plaisir" qui parvient, sinon à briser la violence endémique, du moins à en atténuer les effets.
Dites-moi le songe, de Abdelfattah Kilito, coll. "Hommes et sociétés", Sindbad, février 2010, 128 p. - 18,00 €
Fasciné depuis l’enfance par le livre des Mille et Une Nuits, le premier qu’il lui a été donné de lire, Abdelfattah Kilito a déjà consacré plusieurs essais à cet inépuisable chef-d’œuvre de la littérature narrative arabe. Ce professeur à la faculté de lettres de Rabat (où il est né en 1945), a publié dans ses autres écrits (romans ou recueils de nouvelles), sous une forme ou une autre, les questions qui l’ont préoccupé chaque fois qu’il a lu ces contes en critique littéraire.
Dans ce nouveau livre, qui se situe entre l’essai et le récit, il aborde de nouveau les Nuits à sa façon, c’est-à-dire toujours sous des angles inattendus et toujours avec un humour exquis, croisant souvenirs, relations de voyage, rêves, réminiscences littéraires, réflexions sur l’écriture ou la lecture...
Trois interrogations traversent le texte de bout en bout :
Qu’est-ce que les Mille et Une Nuits ? Comment les lire ? Comment les réécrire ?
Pour être profondes et originales, les réponses ne sont jamais définitives. Elles s’ouvrent au contraire sur d’autres questions, exactement comme les contes à tiroir des Mille et Une Nuits.
Le Jour dernier - Confessions d’un Imam, de Racha al-Ameer, roman traduit de l’arabe (Liban) par Youssef Seddik, coll. "Littératures contemporaines", Sindbad, février 2009, 256 p. - 23,00 €
Menacé de mort, un religieux musulman âge d’une quarantaine d’années épanche son cœur en une confession sans fard adressée à celle qu’il aime... Né dans un petit village de la montagne, quelque part dans le monde arabe, il a suivi dans ses études le cursus traditionnel des oulémas - sciences du Coran et du Hadith, théologie, droit, langue et littérature - avant d’occuper un poste au ministère des biens de mainmorte. Il s’est ensuite installé dans un pays voisin - qu’on devine le Liban - où il a exercé les fonctions d’imam, de prédicateur et enseignant.
Là, il a été sollicité par une jeune femme qui travaillait dans une institution culturelle et qui lui a confié l’établissement d’un index de la poésie de Mûtanabbî. Une solide amitié s’est rapidement nouée entre eux, qui s’est transformée en une relation amoureuse.
Les confidences de l’imam commencent par l’évocation de leur première rencontre et se termine sur sa réclusion, sous la protection de la police, à la suite d’une fatwa prononcée contre lui par des intégristes. Entre-temps, on assiste à sa métamorphose, ayant enfin découvert, à l’âge de quarante ans, l’amour et la sexualité, et acquis, ce faisant, une nouvelle vision du monde, de l’Homme et de Dieu.
Ecrit dans une langue classique d’une rare beauté, fourmillant de références religieuses et littéraires, et notamment des vers de Mutanabbî, ce roman est un hymne à l’amour. Ce premier roman (paru en 2002 au Liban) porte en lui la revivification du mythe antique de l’humanisation de l’homme par la femme, et un appel vibrant à un Islam débarrassé des scories qui le défigurent...
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