Rentrée 2010
Premiers pas
Sortir de l’adolescence n’est jamais une partie de plaisir, encore moins un parcours aisé, lequel façonne un quotidien généralement axé sur cette quête effrénée de ne plus être puceau pour, justement, enfin, goûter à ce plaisir dont tout le monde parle à tort et à travers. Oui, avoir seize ans aujourd’hui est certainement plus compliqué qu’hier, Internet et cinéma, télévision et mode de vie font que les jeunes se donnent des airs de tout savoir, et que la question de la sexualité n’est plus du tout tabou et s’affiche comme un étendard isolent, forçant les uns, humiliant les autres, tous engoncés dans des habits bien trop grands pour eux...
Julie Douard, professeur de son état et dramaturge, nous offre un très très beau premier roman, sans doute l’une des perles de la rentrée, cette perle que l’on guette avec tant de gourmandise, dans l’attente d’une langue, d’une musique, ah ce style qui doit impérativement s’imposer pour donner une œuvre littéraire... Hé bien, le voici, nous l’avons ici, sous nos yeux ravis.
Habillement structuré en de multiples chapitres titrés, ce roman raconte à la première personne l’année des seize ans du personnage principal - qui n’est pas nommé. En première dans un pensionnat (histoire d’échapper à ses frère et sœur) il apprend le décès de son père (mais qui n’est pas son père biologique). Il s’inscrira alors à l’option théâtre pour s’investir dans le travail et oublier sa peine. Il y rencontrera Rose qui le fascine et une professeur légèrement portée sur les jeunes garçons, qui le drague ouvertement...
Entre temps, sa mère sous-loue une chambre à une transsexuelle qui l’entraîne dans les boîtes de nuit et lui redonne une allure féminine. Son frère obèse a fui en Belgique pour tomber amoureux d’une vendeuse de frites et sa sœur, Philomène, qui est tellement agressive que sa mère l’a isolée et incitée à devenir gardienne de prison, s’amourache de son instructeur et tombe enceinte. Lui, qui a toujours refusé la paternité, quitte à se fâcher avec sa femme, deviendra fou et s’enfuira dans la nature (on le retrouvera tout nu dans un bar)... Quant aux deux femmes, elles finiront par tisser un bel amour sous couvert de s’occuper du bébé.
Présenté de la sorte, on pourrait penser à une sorte roman fourre-tout comme l’est parfois le premier opus, mais il n’en est rien, tout est hyper structuré, lié : formules, chutes, dialogues. Tout est au diapason, pas une seule fausse note, et mis en musique avec un savoir-faire qui donne à la lecture un plaisir vif et intense. Finalement, tout ce que l’on attend d’une œuvre littéraire.
PS -
Pour vous donner un aperçu concret de cette si belle écriture, vous pouvez ici lire les premières pages.
Il y a 2736 signes dans cet article.