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Après le désopilant Reine des lectrices paru l’an passé, voici une nouvelle chronique dévastatrice de la société anglaise. À la manière de "notre" Major, Alan Bennett croque les petits travers de ses contemporains. Pour bien durcir le trait il n’hésite pas à les mettre dans une situation insolite. Et pour le moins cocasse. À leur retour d’une soirée à l’opéra, les très chics et très coincés époux Ransome retrouve un appartement... entièrement vide. Vidé serait plus juste. Car pendant qu’ils jouissaient de Mozart on emportait tout. Et quand je dis tout, c’est tout ! Même les appliques murales. Rien ne doit rester. Et c’est bien dans un désert glacé qu’ils rentrèrent. Crise de panique. Crise de larmes. Monsieur qui n’a même pas de mobile doit aller appeler la police d’un téléphone public dans une laverie. Et ce n’est qu’à quatre heures du matin que deux policemen arrivent... Une plaisanterie ? ose s’enquérir l’inspecteur. Personne n’y croit. Quoique. On n’en est pas loin. Mais le lecteur en aura la surprise sur la fin.
Devant faire face à cet imprévu, les époux s’organisent. Le verni se fendille. Madame ose s’encanailler chez l’épicier pakistanais. Mais devant les réflexions de monsieur finit par transformer la provenance de ses achats alimentaires. Officiellement cela provient toujours de chez Marks & Spencer. L’honneur est sauf. Débarque une psy envoyée par la police. Elle prend le thé avec Mrs Ransome. L’étiquette en prend un coup. La vérité tente une sortie. Mais une lettre providentielle remet tout le monde dans le droit chemin. Mr Ransome, avoué de son état, affronte donc la nouvelle situation avec son flegme habituel.
Acide et corrosif, ce court roman démontre en quelques scènes les invraisemblances de la société bourgeoise anglo-saxonne. Il faut une cassette audio enregistrée en plein ébats pour réveiller le couple. Comme si les strictes règles de la bonne société devaient aussi conduire la vie intime. Engoncés dans leur tradition, les époux Ransome sont des caricatures. Mais ils sont surtout bien réels. Et c’est cela qui est pathétique ! Le progrès technique (Mr Ransome est fan de hi-fi) n’a pas encore libéré l’humain. Loin s’en faut. Ce livre en témoigne. Qu’il serve de guide pour que cela change...
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| Alan Bennett, La Mise à nu des époux Ransome, traduit de l’anglais par Pierre Ménard, coll. "& d’ailleurs", Denoël, juin 2010, 159 p. - 12,00 € |
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