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André Versaille a tout compris. Il s’ouvre au numérique. Avait-il des espions à Cupertino ? Savait-il que l’iPad allait tout chambouler ? Ce qui est certain c’est qu’il signe "Editeur de livres & éditeur en ligne". Preuve qu’il a tout compris. Jugez donc par vous même sur son site. Dans le même ordre d’idée neuve, cette collection. Mettre sous le projecteur quelques perles de grands auteurs. Rilke, notre marquis préféré, Nerval, Tolstoï, Cendrars et d’autres. Des saillies aussi. Surtout pour Céline. Notre maître es style. Qu’est-ce que le style ? Une musique. Une signature. "Il est fait d’une certaine façon de forcer les phrases à sortir légèrement de leur signification habituelle, de les sortir des gonds, pour ainsi dire, les déplacer, et forcer ainsi le lecteur à lui-même déplacer son sens." Diablement malin Céline ! Sacré coquin... Un quêteur d’émotion, notre homme... Et un pourchasseur de faiseurs d’idées (reçues). Comme tous les vrais romanciers, Céline était contre les idées. "Les idées, rien n’est plus vulgaire." Qu’on se le dise une bonne fois. Message reçu...
Un bon écrivain ne doit donc pas être trop intelligent. Pas d’idées ni de message. Mais alors ? Hé bien le style, quoi ! Toujours cette satané petite musique. Regardez Céline : c’est un tâcheron. Un bosseur hors norme. Qui, aujourd’hui, écrira 80 000 pages pour n’en garder que 800 ? Nothomb qui pisse les romans comme d’autres leur miction ? Lévy qui ose publier deux daubes l’an désormais ? Nada ! Personne vous dis-je. Donc lisez plutôt des écrivains d’avant. Lisez qualité plutôt que mode... Vous connaissez l’image célèbre de ces cordes à linges qui pendant dans la salle à manger. Avec ces feuillets soutenus par des pinces en bois. Le style se polit. Les mots se construisent comme les phrases s’emboitent. Au fil du temps. Mais qui a le temps à l’heure du ouèbe ? De l’iPad ? De l’immédiateté. Oui, qui ?
Place aux textes. Huit missiles littéraires. Huit pamphlets qui sont autant de poèmes virulents. Huit démonstrations de force. Huit cris d’amour. Car même en réglant ses comptes, Céline parle d’amour. De soi, de l’humanité, des lettres. La rose pousse bien sur le fumier. Et personne n’en sort indemne. Lorsqu’il regarde les romans de ses contemporains, il se dit que cela "signifie du travail, mais du travail inutile. [...] Parce qu’ils ne sont pas à la mesure de l’époque, ni dans le ton de l’époque. Nous sommes en 1957, et déjà, tout est fini... On s’en convaincra d’autant mieux en lisant la transcription d’un enregistrement inédit datant de 1961. Un entretien radiophonique qui ne fut jamais diffusé. Je ne sais pas jouir de la vie. Une franchise affichée (l’auteur doit disparaître derrière ses livres). Une lucidité totale (la pub qui envahit tout l’espace). Une émotion saisissante (l’absence de désir pour les plaisirs terrestres)... De l’Hommage à Zola (quelle sens prémonitoire d’écrire en 1933 "Nous sommes environnés de pays entiers d’abrutis anaphylactiques ; le moindre choc les précipite dans les convulsions meurtrières") sans oublier l’extraordinaire À l’agité du bocal (réponse à Sartre), ce petit carnet nous montre un Céline tel qu’en lui-même. Un dieu au sommet de son art. Tendres pensées à l’Olympe des Lettres cher Louis-Ferdinand...
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| Raphaël Sorin, Céline - L’argot est né de la haine !, coll. "À s’offrir en partage, 105 x 150, André Versaille éditeur, mars 2010, 92 p. - 5,00 € |
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