Plus on s’y enfonce plus on s’étonne. Même en connaissant ce petit monde frileux. Comment aucun éditeur n’a-t-il répondu positivement ? Il n’y a plus de lecteur(s) dans les comités ? Si bien que Victor Rizman s’est trouvé confronté avec un dilemme. Laisser pourrir. Ou s’auto-éditer. Il a voté pour la seconde idée. Bien lui en a pris. On serait passer à côté d’une drôle d’histoire. Et ce n’est pas moi qui le dit. C’est Rilke. Ce que nous appelons la beauté est simplement un pressentiment de la terreur.
Sans doute ont-ils été terrorisés, ces jeunes étudiants boutonneux qui font les légions des comités de lecture. Ont-ils vu en Rizman un futur grand ? Un adversaire ? Alors qu’eux-mêmes ne seraient pas en mesure de torcher la moindre nouvelle de plus de trois pages sans étouffer. Car il faut de l’air pour écire. Du rythme. Et un style.
Côté rythme, parfois, on patine. Mais le style sauve tout. Comme d’habitude. Habitué lecteur de nos chroniques tu sais combien on y est attaché. Nous tous, à la rédaction. A ce fameux style. Sans quoi, quid de la littérature ? Si Marc Lévy n’a jamais compris le sens de ce mot, Victor Rizman l’a, lui, dans la peau.
D’autant plus frustrant que l’on sent le diamant brut. On rage d’avoir raté le polissage. Qu’un éditeur de talent aurait su mettre en lumière. Il y a du Djian qui sommeille en Rizman. Du Queneau. De l’Audiard en devenir. Merde ! Qui n’a pas fait son travail encore une fois dans les comités de lecture ??!!
Car pour tenir le lecteur en haleine sur près de 300 pages imprimées serrées (tout le contraire de la Nothomb qui nous enfume tous les ans avec trois feuillets façon non-voyant), il en faut du talent !
Et une histoire. Alors là, les amis, ne comptez pas sur moi. Vous saurez le minimum car sinon vous n’aurez plus aucun intérêt à le lire. On vous dira donc que tout part d’un anniversaire. Une quarantaine mal venue. Un publicitaire qui s’emmerde et qui glisse lentement vers ailleurs. Comme sa femme a pris des tours, il succombe au site de rencontres. Mais pas de le sens où vous l’entenderiez. Il s’y inscrit sous... une identité féminine. Juste histoire de cueillir le glandu pervers. Ce qu’il en fait ? Devinez.
C’est joyeusement déprimant. C’est tristement plausible. C’est glaçant. C’est envoûtant (et si je faisais pareille, avec les filles que j’adore ?!). Voyez, je m’égare. L’influence. Je suis encore dedans. Un polar totalement allumé.
Faîtes-vous plaisir : faîtes-vous peur.
On regrettera seulement le trop grand nombre de coquilles. Ce qui gâche un peu la fête. Car pour le reste, Rizman a su y faire. Belle réalisation. Couverture soignée. Prix (très) bas. Même une bande annonce vidéo qui claque comme rarement les "pros" savent faire. Mais on ne peut pas tout faire tout seul. C’est pour cela qu’il y a des éditeurs. Enfin, il y avait...
Il y a 2837 signes dans cet article.