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Le premier janvier 1916, l’aspirant Louis-Charles Bouteloup, arrive à sa nouvelle affectation, comme médecin à l’escouade 13 du 48è RI, un poste de secours. Les derniers hommages à son prédécesseur sont rendus dans une église en ruines. L’offensive étant imminente la cérémonie est très écourtée. Alors qu’ils sortent, un obus tombe sur le cimetière. Tout le monde se couche, sauf Louis, retenu debout par son ceinturon accroché à un pique-cierge. Le cercueil s’est ouvert. Il découvre un jeune homme, presque un adolescent aux mains diaphanes. Elles lui rappellent celles de son frère mort, il y a douze ans, par l’incurie de son père, alors que lui avait le moyen de le sauver.
L’offensive se déchaîne. Pour son premier contact avec la guerre, Louis voit affluer les blessés. Une jeune religieuse, sœur Isabelle, le rejoint avec son groupe de moniales. Pour sauver la jambe d’un soldat, il désobéit au commandant Garnier de Vix. Ces chairs éclatées lui rappellent sa rencontre explosive avec Émilie, une jeune dessinatrice qui gagne sa vie en réalisant des vues d’anatomie pour enrichir des comptes-rendus opératoires. Elle lui a illustré sa thèse et ils correspondent régulièrement depuis.
Boucanet, inféodé à de Vix, le demande d’urgence. Il a reçu une demande émanant du lieutenant-colonel Bouteloup pour une mutation. Louis refuse l’intervention de son père de manière cinglante, voire injurieuse vis-à-vis de son supérieur. Pour se venger, Boucanet l’envoie, en pleine nuit, rejoindre le 310è qui vient de subir une attaque. Il doit aller chercher les blessés sur le front. Sur sept cents hommes, le régiment n’en compte plus que cent vingt, pas en bon état. Sur place, les rescapés indiquent un blessé, à moins de quelques mètres des tranchées ennemies, Louis ne voit pas d’autre solution que demander une trêve. Parlant allemand, il négocie une interruption d’une heure pour soigner tous les blessés et ramène le lieutenant Favre.
Ce fait lui est reproché par sa hiérarchie comme une entente avec l’ennemi en temps de guerre. De plus, Favre, le fils d’un sénateur ennemi politique du père de Louis, fait un scandale. Il aurait préféré mourir glorieusement (dans un trou de boue !) plutôt que d’être sauvé dans de telles conditions. L’aspirant échappera de justesse au Conseil de guerre grâce à sœur Isabelle. Puis, son groupe est affecté à un bataillon de chasseurs dans le secteur de Verdun. Un lieu que Joffre, malgré de nombreuses mises en garde, pense à l’abri : Jamais Falkenhayn n’attaquera sur la Meuse !

Les deux auteurs ne font pas dans la dentelle ! Ils prennent le parti de décrire une réalité brute, non édulcorée, tout en introduisant des péripéties romanesques. Avec leur héros, ils relatent les conditions d’existence, sur le front, d’un petit groupe de soignants confrontés aux souffrances, blessures, mutilations. Ils montrent, ce qui est rarement évoqué, le manque de temps, le manque de moyens. C’est, par exemple, un luxe que d’avoir une tombe identifiée avec une croix qui porte son nom. Les auteurs retracent, ainsi, à travers une galerie de personnages étoffée et variée réunissant prêtre et proxénète, bourgeois et ouvrier, intellectuel et manuel, la vie de ces hommes devenus brancardiers, infirmiers, chirurgiens, projetés au cœur des combats. Ils décrivent les conditions sommaires, le manque d’hygiène, le diagnostic très rapide qui fera d’un blessé un infirme ou un mort. Ils illustrent aussi la lassitude des médecins confrontés au terrible dilemme : faut-il soigner pour que ces jeunes hommes reviennent se faire tuer sur le front ?
Par épisodes, ils éclairent la vie à l’arrière, la vision des gens pour qui les combats n’existent qu’à travers les journaux passés au filtre d’une censure féroce. Ils parlent du jusqu’auboutisme de fanatiques bien à l’abri, du matraquage idéologique, de la terreur que fait régner la hiérarchie pour juguler le ras-le-bol des massacres. Ils évoquent l’aveuglement de certains chefs, leur obstination à mener des combats selon des méthodes dépassées. Ils explicitent aussi les conditions d’exercice de la médecine, la bêtise des mandarins, les luttes et rancoeurs politiques qui ont des répercussions jusqu’au fond des tranchées. Mais ils montrent également les progrès en traumatologie, en chirurgie réparatrice, en conception de prothèses, en emploi de la radiographie...
Ils incluent des personnages historiques, le lieutenant-colonel Driant qui, sous le nom de Capitaine Danrit, a donné à la littérature de fiction des ouvrages remarquables. Les auteurs font de Driant le romancier, le rêveur, l’utopiste, le seul capable, en fait, d’appréhender la situation réelle. Ils dressent un portrait superbe d’humanisme de Marie Curie, mais celui, terrible de cynisme, de Clémenceau. Bien d’autres personnages historiques traversent cette saga, comme une évocation de Landru...

Avec L’Ambulance 13, Cothias et Ordas livrent une vision objective de ce que fut ce conflit, de l’horreur des combats et met en lumière le rôle trop souvent ignoré que jouèrent des groupes de secours. Ils donnent à leur récit une authenticité confondante et effrayante. On ne peut, après la lecture de ce roman, que devenir un pacifiste convaincu.



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Serge Perraud, le 4 juillet 2010 - article4096.html
Patrick Cothias et Patrice Ordas, L’Ambulance13, coll. "Grand Angle Romans", editions Bamboo, juin 2010, 412 p. - 22, 95 €
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