
Ambiance plaisante et proprette ; tout pour contenter un public en goguette. Un décor soigné, fait d’éléments de luxe indiquant le cadre d’une société aisée, qui se repaît de ses conventions. L’affaire est simple : on assiste à une déclaration, à la formation d’un couple supposé improbable par sa différence d’âge, à sa réussite qui attise la jalousie de ses fréquentations. Il ne s’agit que de manifester le contraste entre une différence d’âge compatible avec la plus intime harmonie, et de fausses convenances masquant la plus profonde mésentente.
Les personnages n’ont pas d’épaisseur, tout est dit ; le propos n’épouse aucune dynamique porteuse. Il n’y a autre chose à voir que ce qui est montré. Et c’est bien là le problème. Car l’amour ne se montre pas ; toujours impalpable et inobservable, ou bien à l’inverse radicalement impudique et indécent, il n’est fait que pour être vécu.
La prose alerte et plaisante de Sacha Guitry est bien amusante par endroits, mais le propos traîne en longueurs improbables, et rend presque pénible, du moins piteux, un divertissement sans conséquence. Aveuglé par sa passion pour Yvonne Printemps, le maître a étouffé sa verve pour mettre sa plume au service d’une cause qui n’en avait nul besoin ; au lieu de profiter du passage à la scène pour renverser l’ironie, il écrit une comédie sans ambigüité, qui ne cherche même pas à sourire des frasques de l’amour.
On assiste donc à un numéro de facilité : des prestations honorables, mais sans vie, un propos lisible, mais sans intérêt.
Je t’aime, de Sacha Guitry
Mise en scène Eric-Gaston Lorvoire
Avec Gérard Lartigau, Valentina Sauca, Jean-François Guilliet, Marie-Christine Danède, Jacques Fontanel
Du 5 juin au 10 juillet, au Théâtre 14, 20 avenue Marc Sangnier, 75014 Paris
La pièce a été jouée pour la première fois en 1920 avec Sacha Guitry et Yvonne Printemps dans les principaux rôles.
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