On pénètre dans l’antre d’un théâtre de quartier. Le décor est précaire, les costumes improvisés, les attitudes plus spontanées que composées. Kroum, c’est l’histoire d’un ratage, celui qui nous est commun, l’échec de nos ambitions manifesté par le retour chez soi, entre nous, dans ce petit monde avec ses attaches, celles qui nous lient et nous sclérosent dans une identité donnée.
Le texte manifeste l’obsession, caractéristique de la manière de Hanokh Levin, de condenser une vie entière en quelques répliques. Des scènes vues, des disputes, des expressions de tendresse, tout se résout en ellipse ; l’amour, toujours tronqué, la mort, (à) jamais anticipée, la vie, est-elle vraiment là vécue ?
Les acteurs, attachants, se jettent dans leur personnage avec entrain et générosité. Ils parviennent, dans les limites imposées par ce spectacle sans prétention, à capter et cultiver l’attention, certains témoignant de talents prometteurs. Finalement le dispositif restreint peut ne pas nuire à la manifestation de la vitalité du texte. On se prend même à imaginer les personnages tous habillés de blanc, sans fard ni filet, suspendus à l’écriture incisive de Levin.
Avec les moyens du bord, la jeune troupe « Bidibabidibop » parvient à dynamiser la représentation, convoquant des rythmiques africaines ou des scènes baroques. Voilà un travail honnête, simple et efficace, engageant les spectateurs à prodiguer aux protagonistes de ce petit spectacle des encouragements pour leurs futures entreprises.
Kroum l’ectoplasme
de Hanokh Levin
mise en scène Rahim Nourmamode
Avec Farid Deghiche, Linda Azoulay, Julien Verdier, Benoît Lerat, Leïla Ouni Antonin Autran, Florianne Voyer, Noémie Vidal Chirinian , Valery Valère.
jusqu’au 11 juillet 2010 A La Folie Théâtre, 6 rue de la Folie Méricourt, 75011 Paris
Le texte de la pièce est publié dans Théâtre Choisi. Volume 1, Comédies, traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz, éditions théâtrales, 2001.
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