Des jeux d’enfants se terminent dans la douleur. Les parents emmènent l’enfant aux urgences et la mère, consternée, dit au père : "nbsp ; C’est le Seigneur qui nous punit." C’est en sortant d’une pharmacie, que Clovis Chaumel repense à cet épisode de son passé, en songeant que ce n’est pas la mère que le Seigneur punit, mais le fils. En passant devant le musée d’Orsay, Clovis entre, sans comprendre les
raisons qui le poussent à agir ainsi. Dans une galerie, L’Angélus, de Jean-François Millet, le stupéfie, au point d’avoir un malaise. À la librairie du musée, il cherche, sans succès, à acheter une reproduction ou une simple carte postale de l’œuvre. De retour chez lui, où il est méprisé par son fils aîné, il lui demande de faire des recherches sur Internet. C’est par une erreur du gamin qu’il découvre que Dali a été inspiré par ce tableau. Il n’explique pas ce qui le fascine à ce point dans cette œuvre. Il achète des livres sur Millet.
À la demande de son épouse, il s’investit dans l’éducation de son aîné et se rend à la réunion parents-profs. Il y rencontre Melle Arnaud, l’enseignante en arts plastiques, une jeune femme au look qui interpelle. À la fin de l’entretien, il lui fait part de son intérêt pour L’Angélus. Sait-elle pourquoi Dali avait aussi une fascination pour cette œuvre ? Elle lui promet de se documenter. Peu à peu, l’attitude de Clovis change. D’individu atone, il devient passionné...
L’Angélus de Jean-François Millet a déjà suscité bien des interrogations et des recherches de la part d’érudits en peinture. Frank Giroud reprend cet authentique mystère et le place au centre de son intrigue. Pour faire vivre celle-ci, il imagine Clovis, un homme proche de la quarantaine, qui partage une morne existence entre un travail où il ne s’épanouit pas et une cellule familiale sans joie ni relief. Le scénariste le confronte à l’œuvre de Millet, un tableau qui le met en émoi, qui fait resurgir des souvenirs qu’il pensait totalement oubliés.
Mais Frank Giroud ne se contente pas de confronter son héros à une œuvre que Salvador Dali a peinte à de nombreuses reprises. Cette nouvelle passion, associée à une révélation alarmante, donne une autre dimension sociale, à Clovis. L’auteur joue avec des émotions diverses pour bâtir une histoire passionnante et met en scène, en virtuose, les différents éléments et sentiments qu’il glisse dans son scénario. C’est du grand art.
Le dessin et la mise en couleurs sont assurés par José Homs, un nouveau venu dans l’univers de la BD. Celui-ci, après l’école Joso de Barcelone, place ses réalisations en publicité, presse, design, graffitis... Il devient, pendant deux ans, le dessinateur de Red Sonja, une série de comics. Son arrivée dans la BD franco-belge, est une heureuse nouvelle. En effet, il réalise un graphisme d’une grande beauté entre photographie et peinture, effectue un travail considérable sur les personnages et les expressions.
Le tome 1 de L’Angélus se révèle être une très agréable surprise, avec une intrigue conçue par un maître dans l’art du retournement de situation, servie par un graphisme de haute qualité.
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