Corentin vit avec Laure, sa mère, qui part à la dérive depuis que son mari l’a quittée. La jeune femme se laisse aller, n’assurant même plus le minimum vital, mais tente de faire de Corentin, son alliée dans sa lutte contre son mari. Celui-ci, avant de quitter le foyer familial avait offert Cream City, un jeu de simulation à Corentin. Pour fuir cette ambiance délétère, il s’est construit, grâce à son jeu, un environnement idéal. Et depuis, il passe l’essentiel de son temps avec les membres d’une cellule familiale sans nuages, évoluant dans un cadre paradisiaque.
Mais, quand Corentin veut introduire des règles nouvelles, quelque peu contraires aux bons et beaux sentiments qui régissent cet univers, le logiciel bugge. C’est en essayant de le débrider qu’il introduit un virus. Ce dernier fait disparaître les personnages. Alors que Corentin cherche à détruire le dit virus, il est happé par le simulateur et le voilà au paradis. Mais le paradis est-il aussi bien qu’on veut nous le faire croire ? Et... existe-t-il ?
La passion actuelle pour les jeux de simulation et autres créateurs de mondes virtuels illustre bien la perpétuelle nécessité d’évasion, de distraction des individus, quelles que soient les époques. Gudule a bien saisi l’enjeu et l’intérêt qu’offre l’informatique en la matière avec cette possibilité de modeler soi-même un univers imaginaire et de le configurer à ses besoins. Comparativement, le livre, le film et les autres modes de distraction obligent à suivre la trame, l’histoire imposée par l’auteur.
Gudule, à travers l’aventure de Corentin, aborde la situation des « ados » qui se retrouvent tiraillés entre des parents en rupture. Ces derniers, souvent déstabilisés, fragilisés, leur demandent d’assumer des responsabilités qui ne sont pas les leurs. Parfois, ils les culpabilisent et leur font un chantage affectif, les forçant à être les témoins impuissants de leur antagonisme.
Mais Gudule illustre, avec l’attitude de Corentin, le fameux adage selon lequel : "L’herbe est plus verte ailleurs." Elle montre aussi que, sous des dehors honnêtes, charmants, se dissimulent des drames, de la malveillance. Le nombre de jeunes, victimes d’inceste dans des familles qui montrent une image idéale, est légion, sans parler de la pédophilie sous couvert de religion.
Jouant sur le concept des mondes parallèles, l’auteur élabore, avec une grande sensibilité et une justesse de ton, une histoire attrayante servie par des personnages crédibles et attachants.
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