Un homme, dans un château en ruines, couche par écrit ce qu’il a vu, les abominations qui ont amené la mort de tous ses frères. Il est le Dernier Cathare, le dépositaire de leur secret. Il est pourchassé.
Il raconte que tout a commencé en Terre Sainte, en 1208. Un croisé fuit, avec un sac que deux hommes viennent de déterrer, talonné par ses congénères. Les deux hommes, torturés, avouent que le fuyard veut rejoindre le port d’Akko. Ses poursuivants le retrouvent. Après un rude combat à mort, il continue son périple.
Sur les bords du Rhône, un cavalier en armure assassine le Légat du pape. Lorsque Sa Sainteté apprend la nouvelle, il s’en prend aux Cathares, la contre-église qui gagne du terrain jusqu’en Italie. Une autre surprise l’attend lorsque son interlocuteur lui révèle, à l’oreille, la découverte insensée d’un croisé, qui depuis est en fuite pour rejoindre, semble-t-il, l’Occitanie. Il faut quelqu’un, sur place, pour le retrouver. C’est Aguilah de Quillan, nouvel évêque du Narbonnais, un jeune ambitieux, qui est chargé de la mission. Ce dernier, pour traquer le fugitif, sort Lansquenet, ce roi des voleurs et ce pisteur hors pair, de la prison d’Albi où il attend d’être exécuté.
Parallèlement, le pape lance une croisade pour éradiquer, en Occitanie, la foi hérétique.
À Puivert, Escartille le troubadour mène une vie libre. Beau garçon, il multiplie les aventures au grand dam des maris.
Le fugitif débarque à Marseille. Mais, si un guide l’attend, la bande du pisteur aussi. En s’enfuyant, il est blessé par un carreau d’arbalète. De peur de mourir rapidement, il décide de cacher le trésor qu’il transporte dans une grotte et d’établir deux cartes. Le guide part vers Montségur et le croisé vers Puivert. Escartille le trouve et le fait soigner. Celui-ci lui révèle être son père. Il l’a confié, autrefois aux bons soins du seigneur des lieux. Avant de mourir, il lui donne la carte, lui demandant de la porter au Comte de Toulouse, en personne.
Arnaud Delalande adapte le présent scénario de son propre roman : L’église de Satan, publié en 2002, aux Éditions Grasset. Depuis leur extinction, les Cathares et leur philosophie exercent une véritable fascination. Ces croyants qui proposaient une vision fort différente de la cosmogonie de l’église catholique, ouvrent la voie vers une société idéale, une société juste, presque une utopie dans la dimension humaine.
L’auteur, qui connaît bien le sujet, en expose l’essentiel avec brio, tout en laissant une large place à l’aventure et à l’action. Il compose une galerie peuplée de personnages mystérieux, infâmes, attachants, pour lesquels il multiplie les rebondissements, les péripéties et les poursuites effrénées.
Delalande donne une véritable dimension historique à son récit, précisant les fondements de la croyance, les dogmes sur lesquels elle se base et les grandes différences avec la vérité catholique. Mais la différence fondamentale réside dans l’attitude des hommes de religion. Si les Parfaits prônent une vie simple, les responsables de l’Église habitués au pouvoir et à vivre dans le luxe, n’entendent pas abandonner leurs avantages. L’auteur dresse un portrait de ces derniers tout à fait en harmonie avec les horreurs qu’ils sont capables de mettre en oeuvre. Il place au siège de Béziers, en juillet 1209, le fameux : "Tuez-les tous ! Dieu reconnaîtra les siens"
On peut s’étonner, toutefois, de la facilité avec laquelle les poursuivants retrouvent les fuyards, d’abord le croisé à Akko, à Marseille, puis la piste d’Escartille.
Éric Lambert, qui signe un dessin réaliste, au trait énergique, réalise une mise en images d’une grande qualité, apporte sa touche personnelle pour faire de cet album un début de série attractif. À suivre avec attention !
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