Un perron, une monumentale balustrade suspendue entre deux gouffres : celui d’une cheminée, qui s’ouvre vers le haut, et celui d’une large cavité, qui s’ouvre vers le bas. Le fond de scène, d’une sombre verticalité métallique, impose un climat glacial durant toute la représentation.
Des personnages initialement immobiles habitent cet espace ; renvoyés par le décor impersonnel à leurs détresses.
La mise en scène procède par contraste : entre les hauteurs, entre les attitudes, les variations de lumière. L’Africain est d’abord incarné par une pluralité d’acteurs s’exprimant depuis l’obscurité, manifestant bien l’esprit collectif des Africains qui inquiète tant le colonisateur. Le décor est statique, uniquement animé par des lumières, le déplacement des figurants, une musique venant se surimprimer sur le texte, comme pour le révéler. Plusieurs variations sur Le roi des Aulnes de Schubert mettent en exergue le thème de l’enfance, tentation de la régression, inéluctable destin fatal.
Ce spectacle sobre sait conquérir son public grâce à la qualité de sa construction et grâce à la distribution remarquable, emportée par la verve de Stefan Konarske. Les personnages sont suffisamment campés, habités, travaillés, pour porter avec brio les répliques révélant l’ethnocentrisme spontané qui nous habite insidieusement. La violence du texte de Koltès est bien servie ; les choix de Thaleimmer parviennent à le rendre attachant. Les dialogues révèlent les personnages dans leur crudité, dans leur rugosité, dans leur sécheresse.
A travers des propos simples, prosaïques, se construit une véritable confrontation de civilisations. La pièce se termine dans une lumière blafarde et presque sombre, une lumière qui lisse et aplanit, laissant des dialogues sans interlocuteur : les personnages finissent par être victimes de leur cuisante fragilité.
Un grand cri s’élève et libère un feu d’artifice, moins festif que curatif, comme l’attaque d’une scie ou d’une soudure sur de l’acier trempé.
Une incontestable réussite, un metteur en scène qui s’exprime ici mieux que dans la pièce Die Ratten, donnée antérieurement au même endroit : une belle cohérence entre des acteurs inspirés et une construction scénique savamment élaborée.
Combat de nègre et de chiens
de Bernard-Marie Koltès
mise en scène Michael Thalheimer
avec Jean-Baptiste Anoumon, Cécile Coustillac, Stefan Konarske, Charlie Nelson
La Colline, 75020 Paris, Grand Théâtre
du 26 mai 2010 au 25 juin 2010
Plus d’infos sur leur site.
Le texte de la pièce a été publié aux éditions de Minuit en 1989.
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