Ce sont des moments de la vie de couple, initialement variés, présentés successivement de façon aléatoire, alternant des situations de séduction, de persécution, d’investigation psychologico-judiciaire, de rupture. La scénographie utilise avec profit des moyens techniques simples et efficaces, qui font de chacune un tableau abstrait, symbolique ou expressionniste, serti dans un décor savamment artificiel.
Scènes de désir, de cruauté, dont la tension semble croître, animée par des dialogues ridiculement sérieux, parvenant à nourrir une ironie opérante. Les tableaux consécutifs s’inscrivent dans une continuité, par alternance ; mieux, ils reprennent les mêmes dialogues. Il s’agit manifestement de souligner la redondance des schémas affectifs de la passion.
C’est l’occasion de dénoncer les mythes de l’exclusivité, de l’égalité, du partage, du pardon. La répétition des scènes à l’identique exhibe l’inanité de la trame amoureuse, en focalisant l’attention sur des thématiques classiques, représentées sur un ton mi-comique, mi-dramatique.
Des situations d’indécision inextricable manifestent l’ambigüité constitutive des relations amoureuses, et semblent présenter comme un tableau de variations visant à exhiber, à épuiser, à éreinter les figures de l’attachement affectif. La répétition à plusieurs reprises des scènes conduit à manifester à satiété le non-sens. Les infimes variations dans les répliques, introduites comme des malédictions ou des révélations dans les tableaux présentés plusieurs fois, interviennent comme des malédictions ou des révélations, mais ne suffisent pas toujours à dynamiser le propos.
En outre, comment montrer l’indécidable ? C’est la quadrature du cercle. La valeur des composants de la pièce semblait tenir à leur ambiguïté ; la lever paraît l’aplanir. La résolution de chacune des intrigues comme de façon policière sonne fort et faux.
Ce procédé démonstratif s’accommode mal du caractère ironique du texte. La mort improbable de l’un ou l’autre des protagonistes de cette pièce achève de la plonger dans le non-sens. A terme, certes, la répétition des scènes en accéléré, leur mixtion dessine comme une spirale infernale qui s’achève en figures libres de glissades sur un plan incliné.
Le texte se risque même à la formulation d’une morale, pêchant une dernière fois contre la retenue et la pudeur. Bref, une savante construction, remarquablement interprétée, mais complaisante, développant dans des longueurs excessives ses intuitions alléchantes.
La Ronde du carré
de Dimitris Dimitriadis
mise en scène Giorgio Barberio Corsetti
avec Julien Allouf, Anne Alvaro, Bruno Boulzaguet, Cécile Bournay, Luc-Antoine Diquéro, Maud Le Grevellec, Christophe Maltot, Laurent Pigeonnat
Du 14 mai au 12 juin 2010, au Théâtre de l’Odéon (Paris 6e)
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