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The pros and cons of America

Ne nous cachons pas derrière notre petit doigt : bien au-delà de l’entente cordiale avec nos voisins anglais, lorsque l’on parle des Etats-Unis d’Amérique, bien souvent, le ton monte, le débat s’enflamme, la raison s’égare et la critique fuse de tous côtés. Il n’en fallait pas plus pour que François Hauter se souvienne qu’il avait un oncle d’Amérique (sa tante ayant succombé à un beau GI’s à la fin de la guerre) et qu’il fut aussi, il y a vingt ans, correspondant de presse à Washington DC.
Ni une ni deux, bagages bouclés, soixante-quinze jours posés, il ira au gré de ses humeurs sonner aux portes, se laissant rebondir d’étape en étape selon l’actualité, l’information révélée, les gens à voir... Mais ne nous y trompons pas, comme dans toute passion, la subjectivité est une fille insaisissable qui, même s’il faut reconnaître un effort de partialité indéniablement présent, ne se laissera pas apprivoiser et donnera quelques coups de griffes inutiles, dans un sens comme dans l’autre. Par exemple, l’interprétation erronée du petit "i", préfixe désormais à tous les modèles de la gamme Apple. Non, ce n’est pas le I (i majuscule) du "Je" anglais, I am (je suis) mais bien le petit i comme "informatic", "individual", "intelligent" : Apple commercialise des iPod et non des IPod, (ou des iPhone, voire des iPad) donc des appareils intelligents pour être indépendants et naviguer, communiquer sur l’Internet, ce ne sont pas des exemples de narcissisme aggravé... comme François Hauter tente de nous le faire croire.
Il est tout aussi inutile de dresser un portrait élogieux en fin de livre : non leurs institutions ne sont pas "exemplaires de transparence et d’efficacité" - oublie-t-il la controverse sur la version officielle du 11-Septembre ? oublie-t-il la loi récemment votée pour faire une "Sécurité sociale à la française" ? - non, leurs infrastructures ne sont pas "supérieures aux nôtres", tout le moins en qualité - oublie-t-il l’ouverture des chantiers TGV et centrales nucléaires à la demande du gouvernement américain ?
Et ce n’est pas la polémique qui surfe actuellement sur le Net à propos d’une publicité diffusée à la télévision française - et reprise uniquement sur la Toile par les internautes américains - au sujet de l’homosexualité assumée, tournée dans un Mac Donald’s, qui donne envie de copier ce modèle de société. Les remarques des internautes sont claires et nettes : "bravo, ce n’est pas aux USA que l’on verrait cela sinon les ligues de vertus chrétiennes lanceraient un boycott sur la chaîne de fast-food". CQFD.

Si le vieux monde n’est plus, alors préparons les vaisseaux, comme disait Max Jacob, car si l’on regarde par un certain bout de la lorgnette notre société consumériste et obnubilée par l’argent et la conquête de nouvelles parts de marché, en effet, l’on doit très vite se porter vers l’ailleurs. Surtout si l’on suit aveuglément le modèle américain qui, s’il possède ses qualités, cet enthousiasme si particulier, n’en demeure pas moins totalement délirant, surtout lorsqu’on découvre la main mise absolue de la religion sur les institutions. Mais... il y a aussi d’extraordinaires avancées, comme ce modèle politique qui fait que chacun des cinquante états formant l’Union possède sa propre Constitution. Et le bel exemple du Montana qui, en 1972, a désigné cent citoyens choisis parmi la population civile pour réécrire le texte, est stupéfiant de candeur et de bon sens ! Oui, une constitution rédigée par des gens ordinaires a donné un grand et beau texte.
Mais c’est là l’arbre qui cache la forêt, car le système politique américain est d’une rare perversité : en devant repasser tous les deux ans par les urnes, les députés "collent" à leur électorat. Ces experts de la langue de bois affichent un taux de réélection de 96% ! Pour que tout change il faut que rien ne change...

Mais l’Amérique c’est aussi le fléau des armes à feu, et leur cortège de morts : chaque année, le nombre d’homicides à Philadelphie (1,5 million d’habitants) égale celui de la France.
Sans oublier l’extraordinaire génocide des Indiens (ni les populations d’Alaska ou d’Hawaï) que "le cinéma américain a raconté, [...] cette violence foudroyante des coups, la mollesse des corps qui s’effondrent, cette esthétique du crime au pays de la Bible.". Oui Hauter a raison : "mais de quoi peut encore rêver l’Amérique aujourd’hui ?" De nouvelles colonies (en Irak, par exemple) ? De nouvelles conquêtes commerciales ?
Sans doute, ils ne s’en cachent pas : "Nous sommes un pays bâti sur le commerce, l’Amérique, c’est l’argent. Et l’argent, c’est l’indépendance, la liberté. Voilà ce que nous sommes, nous autres les Américains. Nous aimons l’argent, car le rêve américain est très réel. Nous pensons que quelles que soient nos origines, en travaillent beaucoup, nous rencontrerons le succès. Et le succès, c’est l’argent." Une telle simplicité dans l’énoncé explique déjà pourquoi l’on ne se comprend pas souvent, entre Européens et Américains. Baser toute son existence sur l’argent est un mode de vie pour le moins... particulier.
Surtout quand on tente le cocktail argent/religion, qui semble être la recette protestante idéale de ce côté de l’Atlantique. On gagne beaucoup mais on redistribue beaucoup. Sauf que ce qu’écrivait Alexis de Tocqueville au milieu du XIXe siècle est toujours vrai : "En Amérique, c’est la religion qui mène aux lumières ; c’est l’observance des lois divines qui mène à la liberté". Mais la religion n’est rien d’autre qu’une secte qui a réussi, et la liberté des Américains ne s’arrêtent JAMAIS là où commence celle des autres. En cela, ils ne respectent en rien leur lois divines. Tout cela c’est du flan pour cautionner et justifier des actes guerriers pour conquérir, comme en Irak, des ressources car les Américains ne sauraient se priver.

Ainsi, à trop vouloir croire en ses rêves, l’on en oublie la perspective, le recul pour bien comprendre la marche des choses. En Amérique l’on ne sait plus prendre son temps. Et l’on en arrive à entendre des perles : Charles Bethea, le conservateur du musée Du Sable, à Chicago, voit en Colin Powell un homme intelligent, honnête... N’a-t-il pas été informé de l’extraordinaire mensonge qu’il a proféré dans l’enceinte de l’ONU ? Cet homme s’est parjuré, il a bafoué ce qui est sensé être la valeur première : il a menti, et que font les Américains ? Ils le considère comme une star de rock.
Il y a tellement d’immaturité qui transpire de cette société que cela en deviendrait risible si le monde ne dépendait pas autant des USA...
D’un autre côté, la mixité raciale est de plus en plus évidente et le pays se métamorphose, l’éducation pour tous se met en place. Mais surtout la méthode diffère. Aux USA on donne confiance à l’enfant, l’école fabrique des individus sûrs d’eux-mêmes et d’habiles orateurs. Le hic c’est qu’elle fabrique également des incultes et des bonimenteurs. Le bluff est naturel lorsqu’on sollicite un emploi. En Amérique, bien souvent, on "apprend le job sur le tas"...

Le nerf de la guerre, le cœur de l’Amérique, c’est Chicago, le poumon industriel et financier (la bourse des matières premières qui donne le ton sur la planète entière y a son siège). Les plus beaux gratte-ciels du monde y sont. Mais de là à oser écrire qu’après avoir vu Chicago "l’on ne pourra retourner à Venise, cet Alzheimer de la vielle Europe" il y a un pas qu’il ne faut pas franchir ! Venise est incomparable et certainement pas avec une cité de verres et de béton armé... N’en déplaise à l’auteur l’avenir ne doit pas être cet univers uniforme, inodore et incolore qui l’a si bien marqué lors de son périple.
Bref, cette Amérique n’en a pas fini de nous fasciner et de nous donner la chair de poule, de nous soulever le cœur (les assassinats des médecins qui pratiquent l’avortement donne une idée de l’état de délabrement du débat civique dès que l’on aborde certains sujets), oui, cette Amérique n’a rien à voir avec l’Europe.
Mis à part quelques égarements, cet essai est très intéressant : agréable à lire, vivant et cernant parfaitement tous les particularismes de cette société fragmentée, il donne à voir un panorama complet d’un pays déroutant dont il va falloir brider les attentes car la terre ne lui appartient pas en nom propre.



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François Xavier, le 5 juin 2010 - article4065.html
François Hauter, Chroniques d’Amérique, Carnets nord, avril 2010, 232 p. - 17,00 €
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