Bent, la célèbre pièce de Martin Sherman, revient à Paris après avoir bouleversé les scènes du monde entier, dont celles de Broadway dès 1979. L’auteur, dramaturge américain, lui-même juif et homosexuel, signe ici une œuvre magistrale sur un sujet trop longtemps tabou : la déportation homosexuelle sous l’Allemagne nazie.
Très longtemps la littérature, le théâtre ou le cinéma ont oublié cette part de l’Histoire, mais Martin Sherman signe avec Bent une œuvre magistrale.
Certes, le sujet est difficile, l’ambiance lourde. Pourtant, Bent est également avant tout une histoire d’amour, entre deux hommes que rien ne prédestinait à se rencontrer si ce n’est la folie meurtrière d’autres hommes, dans un lieu qui pourtant les privait de toute humanité.
Le décor est planté, sobre, dépouillé, presque nu. Mais finalement, y-a-t-il vraiment besoin d’autre chose ? Assurément non. La mise en scène fait la part belle aux acteurs, tous époustouflants de justesse. Un banc par ci, un barbelé par là... la mise en scène laisse la part belle à l’interprétation et à l’émotion. Finalement, comment représenter l’intolérable intolérance ?
Le triangle rose se fait ici l’écho de toutes les formes de discrimination qui, plus de 70 ans après cette page douloureuse des droits de l’Homme, sont toujours d’actualité, partout dans le monde.

Max mène une vie d’excès dans le Berlin des années 30, collectionnant les soirées de fête autant que les amants, acceptés tant bien que mal à son fidèle ami Rudy. Pourtant, un jour, tout bascule. La nuit de Crystal brisant définitivement leurs illusions et leurs libertés. Max et Rudy doivent alors fuir pour tenter d’échapper à un destin cruel qui se fait de plus en plus pressant... et qui finit par les rattraper.
C’est alors que Max rencontre un jeune homme, Horst, comme lui enfermé au camp de Dachau en raison de ses préférences sexuelles. C’est là, entre les barbelés, sous le joug des miradors et la menace des mitraillettes, sous le regard haineux des officiers nazis et entre deux baraquements délabrés que va s’épanouir l’une des plus grandes libertés dont peut jouir un être humain : celle d’aimer.
Dès les premières lignes de texte, le spectateur est scotché à son siège, prisonnier à son tour de sa propre émotion, plongé dans la force et la percussion du texte, mais surtout troublé par les comédiens, au jeu toujours très juste, et qui, avec humilité, ne tombent jamais dans la facilité de trop en faire ni dans celle justement de ne pas être à la hauteur d’un si beau texte.
Deux heures pendant lesquelles on a la gorge serrée, le souffle coupé et le cœur renversé... mais au bout desquelles on peine à se souvenir quand, pour la dernière fois, on est ressorti autant bouleversé et touché. Une œuvre qui s’étend bien au-delà des branches de l’étoile jaune ou des côtés du triangle rose, mais qui nous concerne tous et nous remue au plus profond de nous-mêmes. Un hommage à la tolérance, un hymne à l’amour, un véritable appel à la vie.
Bouleversant de vérité !
Quel plus bel hommage pouvait être rendu à la compagnie du Théâtre du peuplier noir que celui de l’auteur lui-même ? En effet, Martin Sherman lui-même est venu assister à la représentation le 17 mai dernier, journée internationale contre l’homophobie.
À la fin de la pièce, l’auteur n’a prononcé que ses quelques mots : "C’est la plus belle adaptation de mon œuvre qu’il m’ait été donné de voir !"
Tout est dit.
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