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Entretiens
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En février, nous vous avions parlé d’une excellente comédie musicale ayant pour thème Jonas, ce livre de la Bible où le héros est "mangé" par une baleine...
À l’occasion de leur retour sur Paris, le 1er juin 2010, nous avons finalement décidé de contacter les deux personnes à l’origine de ce projet et leur avons demandé de nous raconter la genèse de cette œuvre familiale.
Familiale car fruit de la collaboration d’une mère, journaliste et écrivain spécialiste de la religion judéo-chrétienne, et de son fils, compositeur et comédien interprète du rôle titre.

Comment et pourquoi ce projet de monter une comédie musicale vous est-il venu ?
Jocelyne Tarneaud
 : Pour ma part, j’avais beaucoup travaillé sur les symboles dans l’Ecriture en écrivant deux livres Si Noël m’était conté et Si Pâques m’était conté, aux éditions Cariscript. Je m’étais intéressée au Livre de Jonas dont le Christ dit qu’il sera l’unique signe donné aux croyants.
Etienne Tarneaud : De mon côté, la figure de Jonas m’avait touché lors d’une catéchèse dans le cadre des JMJ de Paris. Sa foi comme un combat, jamais acquise et toujours précaire faisait écho à ma vie. Quand je me suis mis à composer, rapidement, écrire un spectacle sur Jonas s’est imposé à nous.

Alors que nous ne voyons presque que des histoires d’amour dans les comédies musicales, tel Roméo et Juliette, Notre Dame de Paris ou Zorro, pourquoi vous êtes-vous orientés sur la relation non d’un homme et d’une femme mais celle d’un homme et de Dieu ?
JT
 : On n’a pas choisi Jonas ; c’est lui qui d’une certaine manière nous a choisi ! À l’instar des Dix Commandements, son histoire est universelle : un homme est appelé et envoyé pour donner une parole de paix qui peut sauver un peuple replié sur lui-même, fondé sur l’exclusion des autres et partant du Tout Autre.
ET : Ce qui touche le public, c’est le combat intérieur que porte Jonas durant tout le spectacle. Dans cette comédie musicale, il n’y a pas d’un côté les bons et de l’autre les méchants. Tous peuvent choisir le Bien ou le Mal... c’est cette question de la liberté qu’illustre le spectacle et qui rejoint profondément chacun, peu importe son âge, ses convictions, ses choix.

Le thème du peuple juif dans une comédie musicale a déjà été utilisé dans Les Dix Commandements en 2000. Moïse en était le personnage principal et l’histoire est plus ou moins fidèle à celle du livre de l’Exode. Il est dur de ne pas faire le rapprochement entre ces deux comédies musicales s’inspirant toutes deux de la Bible. Vous situez-vous dans la continuité, comme héritiers d’une telle œuvre ?
ET
 : Évidemment, j’ai beaucoup aimé le spectacle de Chouraqui et Obispo. La voix de Daniel Lévi m’inspire. C’est un immense interprète. En voyant le succès de ce spectacle, je me disais que le grand public sous une telle forme musicale, pouvait avoir accès à l’une des plus belles histoires de notre patrimoine, celle de Moïse.
À posteriori, je pense que notre adaptation du Livre de Jonas tout en étant destinée à un large public transmet un message plus ambitieux... Quelle cité chacun de nous veut-il construire ? Tarsis, Ninive, Jérusalem... l’égoïsme ou le partage ?
JT : À mes yeux, Jonas est plus universel que les Dix Commandements bien que très mal connu car une grande majorité ignore qui est cet homme et il est souvent réduit au prophète à la baleine. Tout mon travail d’adaptation s’est nourri de ce qu’en dit la tradition juive qui fait de Jonas le fils ressuscité de la veuve de Sarepta, dont le Christ parle.
Raconter l’Exode est une formidable gageure, mais poser le problème de la liberté et du pardon qui sous-tend l’histoire de Jonas c’était relever le défi d’une formidable actualité.

Le travail en duo présente des facilités comme des inconvénients. Car les deux parties se complètent au point qu’il semble parfois dur d’imaginer des paroles sans disposer de musique. Ainsi comment collaborez-vous ? Le texte puis la musique, un bout de chaque, la musique puis le texte ? Les possibilités sont variées et vous avez sûrement la votre.
JT
 : Il n’y a pas de règle. Souvent Étienne propose une mélodie qui illustre un moment du livret. Ainsi globalement, nous n’avançons pas de façon chronologique mais de façon instinctive tout en ayant une vision globale de l’histoire et du propos que nous voulons tenir.
ET : Parfois Jocelyne a un bout de texte qu’on retravaille et qui inspire une musique mais parfois c’est l’inverse...
La grande qualité de cette collaboration est qu’elle est jusqu’à aujourd’hui facile. C’est un cadeau. Les idées fusent, les mélodies trouvent des textes à la fois profonds et actuels. C’est un vrai bonheur de travailler aussi vite et efficacement.

Jocelyne, pouvez-vous nous parler du travail d’adaptation d’un tel ouvrage ? Son inscription dans une tradition, dans un passé si fort est-elle source d’aide pour puiser des détails ou au contraire une gêne car le risque de contredire l’histoire juive est important ?
JT
 : Jonas est lu chaque après midi de la fête juive du Grand Pardon et pour cela il a fait l’objet de beaucoup de commentaires rabbiniques. Je n’en ai retenus que ceux qui ne contredisaient pas la tradition chrétienne et qui faisaient de Jonas une figure christique.
Je n’avais aucune prétention à l’originalité mettant tous mes efforts à coller au plus près du sens et du texte. Je l’ai senti comme un devoir de fidélité dans la charge de la transmission. Mais de façon étonnante, j’ai tiré parti de ces contraintes pour développer certains aspects secondaires du livre de Jonas : par exemple la ville de Tarsis où Jonas tente de fuir est pour le peuple d’Israël identifiée à Séville en Espagne. Cette ville de la fuite de Jonas, qui regorge d’épices, de richesses en tout genre, de plaisirs, m’a permis de suggérer une manière de vivre sans Dieu, dans une immanence totale. C’est une proposition de vie actuelle qui s’offre à l’homme contemporain...

Étienne, à partir d’un texte vous composez des musiques. Quel est votre méthode pour tenter de faire ressortir le livre par la musique ?
ET
 : Pour moi, c’est la mélodie, puis les orchestrations qui priment dans le travail de création. Il faut que la mélodie seule mette sur la voie l’auditeur-spectateur. Elle raconte des émotions, les écarts entre les notes, l’ambitus choisi, la possibilité de composer dans le grave ou l’aigu disent quelque chose du sens.
Par exemple, la mélodie descendante du refrain de Jetez moi dans la mer traduit musicalement la plongée de Jonas dans les abîmes. De même, quand Jonas évoque son amour pour Jérusalem, le refrain est une envolée dans les aigus tantôt doux, tantôt timbrés...
Le sens, toujours le sens pour que l’émotion intuitive et sensitive soit maximale. Et c’est cette raison qui fait que beaucoup aiment les mélodies de Jonas... Des touts petits de 3-4 ans aux adultes.

En écoutant de manière approfondie la musique, une oreille musicale ne pourra s’empêcher de repérer quelques inspirations. Désirées ou inconscientes ? Allez-vous puiser cette inspiration dans un endroit particulier ?
ET
 : Molière disait : "Je reprends mon bien, partout où je le trouve !" Tout m’inspire, les chants médiévaux, les tubes de Mika, les chants yiddishs et j’ai la chance de pouvoir puiser dans une belle bibliothèque musicale mentale ! Mais l’essentiel chez moi c’est la mélodie... Alors dès que je rencontre un mélodiste, j’accroche !

Vous utilisez l’art pour faire passer un message. Votre démarche est en effet celle d’hommes et de femmes qui veulent faire connaître autour d’eux le message d’amour de Dieu. Avez-vous reçu des témoignages marquant sur cette pièce ? Pensez-vous que l’art soit un moyen de toucher les gens différemment, même sur des sujets religieux ?
JT
 : Le milieu artistique est aujourd’hui dans une quête de sens impressionnante mais globalement réfractaire à l’institution...
J’entends souvent des amis artistes me dirent : "je crois mais je ne pratique pas !" Mon expérience est que Jonas est un projet qui touche le cœur des personnes, peu importent leurs convictions. C’est un immense cadeau qui nous a été donné de porter un tel spectacle qui a crée de profonds liens d’amitiés et de vrais élans de générosité !
ET : Je me souviens d’une artiste qui me disait : "quand je chante Jonas, ça me lave l’âme !" C’est extraordinaire d’entendre de telles phrases qui nous dépassent.
Une amie éducatrice m’a raconté qu’elle avait entendu fredonner l’air de la Baleine à un petit autiste dont elle s’occupait : "Qu’est ce que tu chantes ?" a-t-elle demandé et lui dont la parole est rare de répondre tout de go : "C’est l’air de la baleine... Tu connais pas Jonas ?"
Sans compter les nombreux messages de soutien des ados sur Facebook, Jonas la comédie musicale...
Ils nous remercient de notre enthousiasme qui les aide à se positionner dans un monde en perte de sens.

Matériellement, un spectacle est toujours un défi à relever. Une comédie musicale entraîne avec elle de la musique et nécessite que les acteurs soient aussi chanteurs, ou l’inverse. Vous avez joué Jonas dans de nombreuses villes de France, mais aussi hors de notre belle métropole. Comment avez-vous réussi ce pari fou ? Mise en scène, matériel, musiciens...
ET
 : De nombreux mécènes nous ont aidés à la fois privés et institutionnels. Ensuite, on a multiplié les rencontres et au fur et à mesure le spectacle s’est monté et continu à se développer.
Nous venons de jouer la 30ème et nous jouerons le 1er juin au Théâtre St Léon à Paris. On a la chance que notre metteur en scène Sophie Tellier (Camille C.) soit très impliquée et continue à suivre le projet après deux saisons.
La troisième saison se prépare bien avec pour partie un nouveau casting, pour les hommes.

Avez-vous une question à vous poser ? La question que personne ne vous demande mais à laquelle vous aimeriez répondre ?
JT
 : Joker.
ET : Avant ces nouvelles représentations, je suis plutôt dans l’état de trouver des solutions, des réponses pour tous les préparatifs...

Quels sont vos projets pour l’avenir ?
ET
 : Nous avons écrit le prochain spectacle et nous recherchons des financements pour le monter.... Nous sommes donc à la recherche de mécènes ! Avis aux intéressés !

Un mot pour conclure ?
Merci de votre accueil !

- - - - - -

Prochaine date : Mardi 1er juin 20h30, Théâtre Saint Léon, Place du Cardinal Amette, 75015, Paris
Réservations au 06.20.14.00.33.



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Pierre Chaffard-Luçon, le 28 mai 2010 - article4054.html
Jonas, de Etienne Tarneaud (Musique) et Jocelyne Tarneaud (Texte)
Mise en scène : Sophie Tellier
Avec : Stéfanie Robert, Dalia Constantin, Maxime Grellier, Grégory Benchenafi et Etienne Tarneaud
Production : Rejoyce
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