Cette biographie du regard se situe entre récit, conte, essai poétique et méditation philosophique. Renaud Ego, d’une plume ouverte au monde, questionne notre expérience du quotidien à travers le plus objectif et le plus illusionniste de nos sens : la vue.
Au gré de ses errances, ce poète et romancier, fondateurs avec quelques amis de la revue La Pensée de midi, nous entraine à ses cotés, dans Paris ou Beyrouth ou Shanghai et nous dépeint ce qu’il observe, au hasard de ses pérégrinations. Et le spectacle est parfois cocasse, stupéfiant, ce monde moderne qui s’effrite sous nos yeux. Ce monde indigène qui entrouvre sa porte dans le foisonnement de ses apparences. Qui est-il réellement ?
Renaud Ego ne cesse de se questionner car ce qui s’offre au-dehors dans l’unité d’un spectacle visible laisse parfois en lui une somme d’images parcellaires que la mémoire parvient à rappeler. Et l’analyse à révéler... Alors le narrateur s’interroge. Certes, la réalité est bien là, la concrète, celle que l’on peut toucher du doigt. Mais qu’y-a-t-il derrière ? Si l’on pousse la porte de l’exploration sans se laisser saisir, n’y perdrions-nous pas tout l’intérêt d’un tel voyage ? La réalité mise à nue ne serait-elle pas davantage celle qui nous hante, qui nous fait rêver ? Légende ou réalité vraie, vaste question...
Ce parcours littéraire et poétique est celui d’une expérience sensible, partagée par chacun d’entre nous, de celle qui croise aussi la voie de la peinture et celle de la mythologie. Renaud Ego confronte l’objectivité photographique de la vue aux pouvoirs de la vision d’où l’illusion n’est jamais absente. Voilà pourquoi son livre s’achève par une sobre et belle nouvelle, contant le voyage d’Eugène Desmillières, jeune peintre du XIXe siècle, mandé par un riche diplomate de Tunis pour peindre son épouse défunte, la belle Azhar sans visage.
Ce petit livre est un guide du regard, un collector entre l’essai philosophique, le récit et la réflexion. Il redistribue les cartes de la pensée moderne et s’amuse de la diversité de ses motifs pour maintenir l’idée du mouvement. Une manière de réfléchir qui entraîne le lecteur dans un subtil jeu des contraires. Un livre qui allie plaisir de la surprise et goût du paradoxe.
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