Opération Dévastation
Chuck Palahniuk s’est fait connaître grâce à Fight Club, livre et film devenant cultes. On salua dans ses mêmes colonnes Le Festival de la couille et l’on s’attendait donc à un nouveau feu d’artifice. D’ailleurs la promotion s’en donnait à cœur joie pour nous faire saliver. Mais. Là où Denoël avait été un éditeur magnifique en osant publier les deux OVNI de Mark Z. Danielewski, La Maison des feuilles et O Révolutions, deux ouvrages qui font date, deux mises en pages osées, une réalisation hors du commun, deux livres extraordinaires, nous avons ici quelque chose d’indigeste. Certainement la faute en incombe à Palahniuk qui s’est pris les pieds dans le tapis. Mais l’éditeur n’est-il pas aussi le conseiller ? Le traducteur n’aurait-il pas dû oser réécrire un peu l’inénarrable bouillie originale ? Car faire différent, c’est un fait, mais rendre illisible un livre de près de 300 pages n’est pas admissible... Qui va lire ce charabia ? Combien Denoël va-t-il en vendre ? 200 exemplaires ? Combien seront envoyés au pilon ?
Tuer le style académique dans un grand revers de la main et s’envoler vers l’absurde, oui. Mais indisposer le lecteur, inviter la migraine, détruire le plaisir, et tout cela en vain car l’on ne tient pas trois pages. Dans quel but, finalement ?
Et dire que l’idée était trépidante, osée, un nouveau pavé dans la marre : une bande d’ados sectaires, venus d’un mystérieux pays totalitaire, débarquent aux USA pour un séjour linguistique. Mais, sur ce fond d’échanges culturels se trament une opération militaire, une action terroriste d’un nom de Dévastation.
Habité par une rage folle, Palahniuk voulait souffler le chaud et le froid, comme à son habitude, et faire griller le lecteur sur une plaque chauffée à blanc, le menant de l’angoisse au burlesque.
Il voulait surtout dessiner une Amérique inculte, fermée sur elle-même, indolente et goinfre... C’était censé être un petit bijou d’indécence dans lequel Chuck Palahniuk poursuivait son travail de dépeçage des fondements de la culture de masse américaine en mettant en scène ce grand cauchemar qui la tenaille et la fait vibrer dans son extrême perversité : le terrorisme.
Las. Si vous vous sentez de lire 274 pages de ce style, ne vous gênez pas, moi je n’y arrive pas : "Haleine pig-dog chargée pilules stimulant neurones. Frère-hoste a aussi puanteur polluante colle maquette-avion, masturbations répétées. En-sous, schlingue sans secret, lateks, sueur trouille. Face pig-dog non-relevée mais joue présente énorme on-tusion violente. Ancienneté estimée 14,5 ans."
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