
La voix de Serge Merlin emplit le plateau ; elle traîne, s’essouffle, mue à loisir, sachant diversifier ses registres. L’acteur est seul, il présente à la table une lecture habitée, intense, du dernier texte de Thomas Bernhard, sous la lumière crue des projecteurs qui l’entourent. Le monologue est agrémenté d’intermèdes musicaux, qui instaurent une distance infime entre la présence et la voix off de l’interprète.
Le texte est haché, martelé, hachuré, au point qu’il paraît littéralement prendre corps devant nous. Sont évoqués de façon peu amène différents lieux, caractérisés par les dispositions de caractère de leurs habitants. La pièce se déploie comme une plainte larmoyante, lancinante, qui se fait gueulante intérieure pour explorer les replis d’une identité récalcitrante.

Le texte est peu dynamique, peu engageant, comme à l’habitude chez le dramaturge autrichien ; il faut toute la présence habitée de Serge Merlin pour le faire vivre. L’acteur porte ce ressassement de souvenirs, toute une amertume de passé vomissant s’essayant à la sublimation par la jubilation du verbe.
Ce spectacle consiste en une plainte lancinante, une gueulante intérieure, un meuglement inspiré. La narration a une fonction cathartique, et même expiatoire. En deçà du bon ordre de fonctionnement de la quotidienneté autrichienne, se profilent les fantômes domestiques du national-socialisme.
C’est l’occasion pour le narrateur d’une impossible rédemption, acte de désespérance ultime qui finit par dessiner un sens à la pièce.
Extinction
D’après Thomas Bernhard
Adaptation de Jean Torrent
Avec Serge Merlin Réalisation Blandine Masson et Alain Françon
Avec l’autorisation de Peter Fabjan
Théâtre de la Madeleine, du 9 mars au 30 mai 2010
Le texte en langue française est publié par les Éditions Gallimard.
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