Le décor, surfait, émaillé de nombreux détails kitsch (papier surchargé, animal empaillé, cheminée en céramique), montre la scène à l’époque où elle fut écrite, fin XIXe siècle. Les costumes également. D’emblée, le texte apparaît sur-joué ; cela produit un effet baroque, désagréable lorsque les dialogues sont trop promptement transformés en répliques comiques. Mais cela produit également un effet de profondeur, qui nous fait plonger dans un univers caricatural, ressemblant un peu à celui des films de Jeunet et Caro.
La mise en scène travaillée de Jean-Michel Fau installe un climat expressionniste. Les acteurs savent pourtant incarner sobrement les dialogues, ce qui permet de redonner du dynamisme au propos trop souvent caricaturé par les choix de représentation. Des acteurs empreints de vitalité, de générosité dynamisent le texte dont les accents psychologiques, voire pathologiques, ont été bien mis en valeur par les autres mises en scène de l’année. Des moments de mystère flirtent avec le fantastique.

@Marcel Hartmann
A un rythme effréné, presque burlesque, la mise en scène risquerait vite de s’épuiser. Heureusement, au début de la seconde partie, elle sait s’effacer, pour révéler les aspects dramatiques de la pièce. Finalement l’alternance des ambiances rend supportable la légèreté quelquefois prêtée au propos.
Les accents dramatiques portés par les maquillages expressionnistes, qui évoluent au cours de la représentation, des ombres chinoises, une musique discrète permettent de construire progressivement un sens, la révélation d’une personnalité à elle-même. Le risque d’une telle mise en scène est d’affaiblir la cohérence du texte, pour en faire parfois un vaudeville.
Curieusement, les subtilités du texte sont comme estompées, presque aplanies. Certes les différents accents de la pièce sont bien mis en valeur mais le surlignage dont ils sont l’objet risque de produire un effet de brouillage.
Maison de Poupée
d’Henrik Ibsen
Mise en scène de Michel Fau
Texte français de Terje Sinding
Avec Audrey Tautou, Michel Fau Pascal Elso, Sissi Duparc, Nicolas Woirion, Flore Boixel, et les enfants
Costumes David Belugou
Décors Bernard Fau
Lumières Joël Fabing
Du mardi au samedi à 21h, au Théâtre de la Madeleine, métro Madeleine, jusqu’au 22 mai
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