Laurent Poujois a déjà signé deux épisodes des Enfants du rêve, une série jeunesse chez Milan qui mêle SF et Fantasy. L’Ange Blond est son premier roman destiné à un public plus adulte. Il choisit de combiner, dans ce livre, thriller, espionnage, uchronie et aventure débridée.
Pour porter son histoire, il retient Aurore Lefèvre, une héroïne âgée de vingt-six ans, de type européen. Cette jeune femme au caractère trempé exerce, le jour, la profession d’éducatrice pour biones récalcitrants et, la nuit, de maître-orchestreur sous le pseudonyme de l’Ange Blond.
En entrant dans le récit, on apprend qu’elle a quitté la légion Impériale depuis deux ans, après six années de service dans des conditions extrêmes. C’est après la mission sur la ceinture de Galilée, un fiasco dû à l’incompétence de l’état-major, qu’elle a démissionnée.
Pour l’heure, elle fait, en compagnie de son ami Marco, un saut en chute libre sur Londres, un exercice interdit. Pour les arrêter, les forces de l’ordre ont tiré des missiles, sans les empêcher d’éclater le précédent record de douze mille cent cinquante trois mètres. Toutes les polices sont à leurs trousses mais sa formation militaire lui permet de se jouer de ses poursuivants. Elle rentre à Paris. C’est dans son appartement qu’elle se fait piéger par des agents de l’Agence Centrale Impériale (l’ACI). Ceux-ci veulent obtenir sa collaboration pour faire échouer un projet d’attentat baptisé Troie. Celui-ci vise l’impératrice Caroline Bonaparte. Il aura lieu lors du point d’orgue des manifestations du bicentenaire de la descente en Angleterre le 6 septembre 1808.
L’ACI possède une piste, celle d’Otto Hitler spécialisé dans l’organisation d’événements à travers l’Europe. Aurore, avec son activité de maître-orchestreur doit intégrer son équipe, le titulaire ayant, tout récemment, fait une mauvaise rencontre. Otto est en rapport avec le meneur des extrémistes de "Free England", une organisation qu’il faut absolument infiltrer.
Laurent Poujois fixe son point de divergence le 6 septembre 1808. L’Armée des côtes de l’océan réussit à prendre pied en Angleterre et à conquérir le pays, aidée par la révolte bien préparée des Écossais. Il développe, alors, un univers qui prend en compte ses préférences, celui-ci se réservant le droit de mettre tel ou tel personnage, tel ou tel événement en avant, de minimiser des bouleversements, le rôle d’hommes de dimension historique et "d’oublier" des guerres, par exemple. Il organise un nouveau découpage géopolitique avec l’émergence de puissances différentes de celles que l’on connaît. Mais il conserve un rôle de nuisance aux responsables anglais.
Technologiquement, l’auteur favorise le développement des biônes, des organismes biotechnologiques dès les années 1950. En 2008, ils sont partout, ils font partie intégrante de toutes les techniques et technologies. Il "s’accorde" une Grande Guerre de six ans déclenchée par Les Colonies Britanniques Libres du Pacifique contre la Chine. Ce conflit épouvantable permet, cependant, l’essor de l’ère spatiale.
Dans l’univers d’Aurore, l’avion n’existe pas, remplacé par les dirigeables des sociétés Gay-Lussac et Zeppelin. Les transports ferroviaires sont omniprésents grâce au Null-Kontakt, une découverte du très controversé physicien Hermann Kemper.
Le romancier semble prendre beaucoup de plaisir à utiliser des événements, des personnages marquants de notre univers, à les transposer dans sa dimension avec une approche, un angle ou un destin différents.
Laurent Poujois privilégie l’action, les péripéties, les coups tordus, n’économisant pas son imagination pour construire une intrigue palpitante. Féru d’Histoire, il conçoit un cadre et un décor cohérents, usant au mieux des matériaux réels qu’il met en scène. On ne s’ennuie pas un seul instant à découvrir les aventures de cette héroïne, un brin cynique, revenue de nombre d’illusions sur la nature humaine.
Aurore, c’est Lara Croft, matinée de Modesty Blaise. (On ne peut pas se référer, pour cette jeune femme, à un individu aussi macho que le matricule 007.)
L’Ange Blond est une très bonne surprise littéraire. Ce roman est dépaysant à souhait. On suit le récit avec délices pour un excellent moment de lecture.
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