Drôle d’endroit pour une rencontre
Par une soirée de mai je fus convié à me rendre sur les lieux du crime, ce n’est pas si courant comme invitation que je ne pus refuser. L’éditeur recevait à l’hôtel Saint-André-des-Arts, "le plus charmant de tout le Quartier-Latin", et l’on eut le droit de glisser une tête, voire jeter un œil, mais pas plus, dans cette intrigante chambre numéro 26 qui se situe juste au-dessus du concierge. Laquelle, servie par un escalier légèrement tournant mais surtout largement trop raide pour être désormais toléré par les critères de sécurité moderne, que seuls les invités privés sont autorisés à s’y rendre. Un comble pour un hôtel. On dira que c’est devenu la chambre d’amis...
D’ailleurs, c’est bien d’amis dont il était question pour cette rencontre entre canadiens de Paris qui semblaient tous se connaître et partager avec Tecia Werbowski quelques souvenirs d’antan... Si bien que j’eus le temps de terminer ce court polar enfoncé dans le canapé défoncé qui est sous le comptoir du gardien de nuit, tout comme l’héroïne, Maya Ney, et rire sous cape. Car, finalement, j’étais bien le seul - avec Tecia - à connaître le dénouement. Et pour un polar, c’est un détail qui a son importance.
L’histoire débute le 25 octobre 2008 quand Maya Ney est réveillée à sept heures du matin par des bruits inhabituels. En effet, on vient de découvrir le corps d’un homme sans vie, nu dans une baignoire à l’eau trop chaude, débordant et inondant de facto la chambre et par effet de ricochet la pièce en dessous, donc, souvenez-vous, le comptoir d’accueil et le gardien de nuit par la même occasion, lequel donna l’alerte.
Un jeune policier zélé vient alors questionner propriétaire et clients, et Maya Ney, cette vielle dame polonaise que l’on suit depuis quelques livres déjà, devient très vite maillot jaune dans la course au suspect, tout ça parce qu’elle s’est entichée de deux jeunes chiens. Surtout qu’elle a fait les yeux doux au concierge pour qu’il accepte de louer cette fameuse chambre 26, rien qu’une nuit, je vous en prie, que ce malheureux ne dorme pas encore dehors. Mal lui en a pris. Ce fut sa dernière nuit. Mort dans un hôtel, mais mort tout de même...
De pair avec la police, l’excentrique Maya mènera l’enquête mine de rien, recoupant les faits, retraçant la vie de la victime, un tchèque du nom de Hlavatsy.
Construit en courts chapitres, avec des procédés de narration innovants qui placent le lecteur à plusieurs endroits du récit, dans des situations d’écoute, plus détaché, ou alors dans l’esprit même d’un personnage, Tecia Werbowski vous ensorcèlera le temps de ces quatre-vingt pages saisissantes.
Un roman à clés qui stigmatise l’incroyable candeur de l’humain capable de reproduire les erreurs du passé sans la moindre hésitation. Quand Histoire et histoire se rejoignent pour le pire...
Il y a 2852 signes dans cet article.