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Chapeau bas
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Mentaliste

Tordo serait-il le double de Somoza (dont le dernier opus, La clé de l’abîme, nous avait enchanté), version portugaise ? Il y a dans ce livre plein de fougue et d’intrigues, un coup de mains que seuls quelques grands maîtres du roman à thèmes possèdent. Mais ici nous serions plutôt du côté de L’espion qui venait du froid ou d’On n’a pas toujours du caviar, et moins dans l’anticipation chère à l’écrivain cubain.
Tout débute par une énigmatique annonce publiée dans un journal à grand tirage, au début des années 1980 : l’agence MP recherche une personne sachant l’anglais. Le narrateur se présente, acculé par les dettes qui s’annoncent sans limite depuis la mort de son père et son incapacité à reprendre l’entreprise familiale. Sa mère gravement malade, sa sœur encore étudiante, il est le seul à pouvoir garantir un revenu à la famille. Il partira donc dans l’Alentejo exercer les fonctions de secrétaire pour un vieux monsieur bien mystérieux. Oui, que fabrique donc Mihouse Pascal dans sa vieille demeure isolée de tous ? Que se passe-t-il réellement dans le domaine du Temps ? Qui sont ces étranges visiteurs qui ne viennent qu’à la tombée de la nuit, reçus en toute discrétion, et seulement quand le précédent est parti ? Pourquoi classer autant de dossiers sur ces personnages si importants ? N’est-ce pas... mais oui, on dirait bien...

Derrière un travail d’archivage et de correspondance fastidieux (il n’y a pas de téléphone au domaine du Temps, sécurité et discrétion obligent) se greffe la gestion d’un emploi du temps kafkaïen compte tenu des moyens archaïques mis à sa disposition, le narrateur a donc du temps, puisqu’il loge à demeure, pour ne pas dire qu’il n’est pas autorisé à sortir... Il fera la connaissance des petits-enfants de son employeur, et de cette Camila qui va hanter ses nuits, ses fantasmes, et le pousser à l’irréparable, à New York, quand il accompagnera Milhouse Pascal à sa recherche. Car l’espiègle petite-fille n’ira pas à Colombia University, comme elle l’avait promis à son grand-père, mais tentera de réaliser son rêve d’enfant, cette obsession pour le funambulisme...

Ayant gagné sa confiance, le narrateur aura droit aux confidences de Milhouse Pascal, et découvrira comment il a obtenu son terrible pouvoir sur les hommes. Sorte de mentaliste avant l’heure des médias et les séries télévisées, il traversa la Seconde guerre mondiale comme espion double ou triple, comme homme de mains, mais surtout comme celui qui savait maîtriser les drogues et faire parler les gens...
Une technique qu’il retournera pour tenter, à la fin de sa vie, de sauver les âmes perdues et d’aider les hommes politiques, les grands de ce monde à se débarrasser de leurs fantômes, ces petits lutins qui portent si haut le remords que parfois la vie en devient insupportable.

Qu’y a-t-il derrière les apparences ? Que cachent nos actes ? Quels sens donner à nos actions ? Une lecture attentive pourrait donner des réponses, une lecture captivante aidée par une style tout en mouvements et ondulations qu’aucun temps mort ne vient troubler. Un roman diabolique que le Prix Saramago 2009 honora à juste titre. Un voyage dans la noirceur de l’âme humaine qui laisse une ondée courir sur la peau, comme une chair de poule, un frisson d’excitation : et si c’était à moi que cela arrivait ?



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François Xavier, le 9 mai 2010 - article4024.html
Joào Tordo, Le Domaine du Temps, traduit du portugais par Dominique Nédellec, coll. "Lettres portugaises", Actes Sud, février 2010, 394 p. - 23,00 €
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