
D’emblée, on est installé dans le rite : par le chant, par les costumes, qui imposent un climat mystique. Une déclamation emphatique, asexuée, dit la solennité d’une souffrance paraissant irrémédiable. Le chœur est bien incarné par trois personnages rendus impersonnels, mais vivant, sous leur masque, de leur mime et de leur voix.
La mise en scène, dépouillée, réduisant le décor à un fond de scène sans ornements, fait reposer la représentation sur le texte et le comportement des comédiens. Un texte finalement investi, bien habité, révélé dans ses accents féministes. On est dans l’esprit de la tragédie antique, avec toute la fragilité de ses aspects grandioses.
Justement, ce spectacle chemine sur le fil ténu de la grandeur et de la grandiloquence. Une mise en scène fidèle et habitée, donc, mais dont l’âme menace sans cesse de fléchir, et même de sombrer. Il s’agit certes d’une bonne mise en perspective, mais qui n’atteint pas la profondeur à laquelle elle ambitionne. D’abord à cause d’un surinvestissement du chant : des partitions difficiles, s’avérant hors de portée des comédiennes. Une soprano qui s’égare et s’abîme dans des aigus dont elle n’a pas les moyens. Un spectacle qui flirte avec le bonheur d’inspirations passagères et qui pêche par ambition.
Ce surinvestissement du chant, de la gestuelle, fait sans doute trop de choses pour des acteurs livrés à eux-mêmes, confrontés à des montagnes de difficultés. Cette interprétation de la pièce d’Euripide flirte donc trop avec les limites - en un sens péjoratif aussi bien que mélioratif - pour donner du texte une lecture cohérente et fructueuse. Une représentation vaillante, qui soutient l’attention en présentant des moments bien sentis, mais qui la fatigue par ses prétentions inconsidérées. *
Médée
Tragédie d’Euripide
Traduction Jean Gillibert
Mise en scène Farid Paya
Musique Bill Mahder
Mise en scène, scénographie et masques : Farid Paya
Assistant à la mise en scène : Joseph Di Mora
Costumes : Évelyne Guillin
Confection des costumes : José Gomez
Lumières, régie générale et construction des décors : Thierry Meulle assisté de T. Sebastião Tadzio Maquillage : Michelle Bernet
Poème musical, fête et rituel de deuil, création de la Compagnie du lierre
Avec Antonia Bosco, Anne de Broca, Patrice Gallet, Xavier-Valéry Gauthier, Anne-Laure Poulain, David Weiss
Du 10 mars au 3 mai 2010, au théâtre du Lierre, 75013 Paris
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