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Chapeau bas
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Misanthropie & sexualité

Lorent sait que "le corps se meut où il peut." Et que son "imagination ouvre parfois des ailes vastes comme le ciel dans un cachot aussi grand que la main. Alors, pour tenter de recouvrer le parfum de sa jeunesse et l’exaltation romantique qu’il n’a sans doute jamais pu mener à terme, enfermé dans sa frustration - soi-disant peintre en devenir, mais surtout fils unique capricieux et couvé par sa mère depuis la mort de son père sur le front des Ardennes, en mai 1940 - il va se laisser glisser vers la facilité dans un mouvement collaborationniste qui va le conduire dans les rangs de la milice.
A l’automne 1943, dans l’est de la France, se rendant à l’anniversaire de son oncle, Lorent succombe à l’attrait du pouvoir et intègre les services de monsieur le Préfet. Dorures, mets fins, filles faciles lui serviront de décor et lui feront perdre la tête.

Trahissant ses amis d’enfance pour une querelle amoureuse, dénonçant, arrêtant, torturant sans plus d’états d’âme qu’une outre rempli d’orgueil, Lorent sombrera dans un malheur infini qu’il nourrira d’infamies car l’hydre ne se laisse pas tuer si facilement. Si peu de remords, même quand une serveuse lui donne son épaule pour qu’il s’épanche après ses premières horreurs commises au nom d’un hypothétique amour éprouvé pour la belle Emmeline, veuve en devenir d’un prisonnier qui ne reviendra pas de si tôt. Line sera donc sa maîtresse d’un soir, puis servira d’oie blanche lors des orgies que son oncle organise à la préfecture. Une fille comme une autre qui se donne comme ultime manière d’échapper au pire. Une fille comme d’autres savent si bien distiller de si charmante cascatelle de paroles sucrées pour donner le change et sauver le frère, le père, l’amant des griffes du bourreau, la nymphe d’un soir n’avait pas d’autre rôle à jouer. Quoique.
Emma, la jeune juive, sera finalement le catalyseur de toute cette quête d’amour enfoui sous des torrents d’ordures qui ne demandait qu’une ouverture pour éclore. Trop tard. Sa rédemption se fera dans un wagon à bestiaux roulant dix jours durant vers Auschwitz.

Dans une langue riche et emballée dans un tourbillon concentré qui finit par donner le tournis, Antoine Billot trace un portrait à charge des déviances humaines. Avec en mètre étalon le fasciste qui serait un fétichiste de la jeunesse, de la beauté, de la pureté... Il vénèrerait les codes, le sacrifice, l’honneur pour mieux jouir de la haine de l’autre dans des flambées libidinales où la fureur de son désir de salir n’aurait pas de limite. Bannir l’innocence. Salir, toujours salir et détourner les mots pour avilir le sens, augmenter le caractère, affirmer le sentiment : en effet, le fasciste dit "putride" au lieu de "impur", "charogne" plutôt que "dépouille" ; il "n’aime pas une femme" mais "l’a possède", préfère les enterrements aux baptêmes...

On l’aura compris, c’est l’archétype de l’inhumain. Mais ce livre ne doit pas enfermer le non-humain sous la seule bannière du fascisme, ou alors pas sous le seul fascisme nazi. Aujourd’hui encore, des thèses sulfureuses sur la pureté de la race, de la religion, de l’honneur conduit les hommes à commettre l’insupportable, des contrées reculées d’Afghanistan aux rives plus méridionales de la Turquie que l’on dit moderne et laïque mais qui tolère encore les crimes d’honneur, autre forme de fascisme fait exclusivement aux femmes. Aujourd’hui encore, après le fasciste afrikaner qui fut éradiqué subsiste le salafisme des Frères musulmans et le sionisme dévoyé par certains fondamentalistes juifs.

On mesure donc toute l’importance de ce portrait d’un Lorenzaccio (comme il convient à cette collection, Antoine Billot s’est glissé dans les habits du héros de Musset pour en changer la perspective) que nous côtoyons encore quotidiennement sans vraiment nous en rendre compte, soit que l’infâme crapule exerce ses talents sous d’autres latitudes, soit qu’il distille son venin dans des caves sordides faces à de zélés idiots qui ne savent pas ce qu’ils font...
Donc un livre indispensable pour détruire une bonne fois l’insupportable barrière qui sépare les hommes - et les femmes - au lieu de les unir sous la bannière du métissage, la seule et unique religion qui devrait avoir droit de citer !



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François Xavier, le 3 mai 2010 - article4017.html
Antoine Billot, Portrait de Lorenzaccio en milicien, coll. "L’un et l’autre", Gallimard, février 2010, 190 p. - 18,00 €
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