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L’entrée en matière est statique : une scène de présentation classique, dans un salon singé de surartifices. Un décor peu engageant, d’une laideur avérée, constitué principalement d’un plan incliné imitant délibérément mal un espace vert, parfois jonché d’obstacles (croisillons et oxers). Des figurants aux comportements improbables, des cocasseries, des ruptures, des publicités incluses dans le texte, des confessions d’acteur faussement improvisées, des chansons façon rock-star, même un joli contre-jour, public éclairé à partir du fond de scène.
Tout est fait pour montrer de façon déjantée ce héros déjanté que constitue Kean, génial acteur de la scène londonienne du XIXe siècle. Mais rien ne prend. Le public - pour le moins clairsemé - rit quelquefois - il faut bien s’occuper - mais personne n’y croit vraiment. Bien sûr, ce n’est pas fait pour qu’on y croie. A preuve, les nombreux passages autoréférentiels, autant d’occasions de surjouer, de verser dans l’autodérision. Une trame extrêmement ténue, un propos à connotation vaguement sociale, des dénonciations de massacres, de simulacres...

Le propos est d’autant moins intéressant que l’argument en est sans cesse auto-explicité : le génie censé subir les affres de son succès, de ses propres délires. On voit bien qu’il doit s’agir de cultiver la dérision par l’auto-ironie. Mais l’autoréférence atteint vite ses limites, lorsqu’elle est à ce point répétitive et dénuée de toute intention constructive.
Heureusement, on vient avec ses préoccupations, ses passions. Car le théâtre n’a alors d’autre fonction que réunir des curieux soucieux de constater ensemble ce qui manque à se faire : ici, on n’a rien à dire et on le fait savoir, comme pour confirmer à l’envi que la création, c’était pour hier.

Kean ou Désordre et génie
comédie en cinq actes par Alexandre Dumas et Die Hamletmaschine par Heiner Müller

Mise en scène : Frank Castorf
Avec : Luise Berndt (la Louve Kitty), Steve Binetti (policier), Andreas Frakowiak (Pistol), Georg Friedrich (le prince de Galles), Michael Klobe (Salomon), Henry Krohmer (policier), Inka Löwendorf (la Louve Amanda), Silvia Rieger (lady Amy Mewill), Jorres Risse (lord Mewill), Mandy Rudski (Anna Demby), Alexander Scheer (Edmund Kean), Jeanette Spassova (la comtesse Koefeld), Axel Wandtke (le comte Koefeld), et l’équipe technique de l’Odéon-Théâtre de l’Europe.

Spectacle en allemand surtitré ; adaptation : Frank Castorf et Lothar Trolle ; scénographie : Hartmut Meyer ; costumes : Jana Findeklee et Joki Tewes ; lumière : Torsten König ; bande son, musique : Steve Binetti ; dramaturgie : Sebastian Kaiser ; traduction et surtitrage : Pascal Paul-Harang.

Production Volksbühne am Rosa-Luxemburg-Platz. créé le 6 novembre 2008 à la Volksbühne am Rosa-Luxemburg-Platz, Berlin du 9 au 15 avril, au Théâtre de l’Odéon, place de l’Odéon (Päris).



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Christophe Giolito, le 25 avril 2010 - article4012.html
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