Tout commence par des insultes. Des messages se superposent, pouvant faire croire à un effet de brouillage ; ils laissent transparaître délibérément une facture artisanale. Des personnages semblent intervenir naturellement, comme à partir de la salle. Les phrases d’Anokh Levin qui sont projetées sans pudeur comme au milieu de l’action prennent valeur de sentence. L’espace est habilement fragmenté grâce à un écran qui filme entre autres le couloir d’accès à la salle de représentation, instaurant une continuité entre le film et l’action scénique. Un arrière-plan exploité grâce à une paroi relativement translucide, permet des jeux de projections, superpositions entre les images, les textes, les acteurs. Une savante composition, qui joue avec l’eau, avec la musique, de façon habitée et enjouée. Des scènes baroques, d’une subtile violence, qui font passer allégrement du rire aux larmes, et alternativement.
Une tentative cruelle et savoureuse d’incision de l’incommunicabilité des consciences. Des ellipses joyeuses et suggestives, qui conservent le goût savant de l’inachevé. Une vision acerbe de la sexualité comme conjugaison de nos impotences. La cruauté de l’écriture d’Anokh Levin est bien exploitée dans ce dyptique qui inverse l’ordre chronologique pour mieux exhiber la parenté des élans de l’amour et de ses relents. Un jeu d’acteurs déconcertant, exprimant de façon percutante les affres de l’affectivité, lorsqu’elle est réalisée sous la forme de l’intimité. Les tableaux savamment construits disent la séduction et ses illusions, l’inanité de toute satisfaction.
Certes, ils ne se présentent que comme des fragments, des touches incomplètes d’un théâtre de l’éphémère, de la situation. Une mise en scène prometteuse, qui ne peut que faire espérer que les talents de Séverine Chabrier se mettent prochainement au service d’une grande œuvre.
Épousailles et représailles
Dyptique librement inspiré de Hanokh Levin
Texte français Laurence Sendrowicz et Emmanuel Moses
Mise en scène Séverine Chavrier
Avec Séverine Chavrier, Bénédicte Cerutti, Emmanuel Faventines, Céline Milliat et Laurent Papot Scénographie Vincent Gadras ; Lumière Jean-Marc Skatchko ; Régie lumière Coralie Pacreau ; Son Philippe Perrin ; Vidéo Stéphane Lavoix ; Images Stéphane Caroff
Le texte de Epousailles et Représailles fait partie du recueil Histoires sentimentales sur un banc public, publié aux éditions Stock en 2006.
Co-production : Théâtre Nanterre-Amandiers / compagnie La Sérénade Interrompue
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