Né en 1972 en Palestine, près de Naplouse, Akram Musallam est journaliste au quotidien Al-Ayyâm de Ramallah. Son deuxième roman, qui vient de sortir en version française, a paru à Beyrouth en 2008 et obtenu le prix du roman de la Fondation Qattan. Il transpose un narrateur brisé par la guerre perpétuelle et la violence quotidienne qui habitent cette région du monde pour camper une parabole aux airs de Kafka. En effet, la Palestine oubliée de tous n’est finalement pas si éloignée des univers totalitaires et absurdes peints par l’écrivain tchèque.
Tout prend naissance alors que le narrateur croise en bas du dos d’une jeune femme rencontrée dans un dancing un scorpion, tatoué sur les reins mais apparemment doué d’une ubiquité qui lui permettrait mille fantaisies. Après un premier - et unique - baiser, la jeune française s’en retourne à Paris, laissant sa silhouette croquée au rouge à lèvres sur le grand miroir de la salle de danse... Seul le scorpion demeure dans les rêves du narrateur.
Unique rédacteur pour un site d’informations en ligne, il commente l’actualité et tente de ne pas sombrer de nouveau dans la dépression qui l’a saisi après la première Intifada. Et chaque soir il s’endort avec la hantise de retrouver ce satané scorpion qui se transforme en vrai scorpion le temps d’un cauchemar, escaladant le miroir de sa chambre sans plus de succès, mais s’entêtant comme s’il était doté du cerveau d’une mule, y allant encore et encore, recommençant à l’infini son impossible ascension, ruisselant de sueur. Mais ne renonçant pas, à l’image de ces manifestants que le narrateur suit pour son e-journal et qui bravent l’armée israélienne à mains nues...
Construit de bout en bout comme une métaphore, ce court roman dépeint la situation et le cul de sac dans lequel s’est enfermée l’Autorité palestinienne après les accords d’Oslo et l’échec patent de la seconde Intifada. Cette autonomie de façade dans un territorien exsangue qui est quotidiennement ravagé par les chenilles des chars israéliens quand ce n’est pas le Fatah, corrompu et défaitiste qui baisse les bras, n’est pas pour donner un sens à la vie. Alors, avec vigueur et lucidité, il dénonce en s’appuyant sur l’autodérision qui semble bien être là l’une des principales caractéristiques de la littérature palestinienne.
Dans l’impuissance du scorpion on pourra aussi lire cette du père du narrateur qui a perdu une jambe - et sa virilité avec - non du fait des colons mais d’un simple clou rouillé. Ce qui ne l’empêche pas de demander à son fils de lui masser la jambe amputée, ne voulant reconnaître les faits...
Tous les personnages qui apparaissent au fur et à mesure sont porteurs d’une charge symbolique puissante. Servis par une écriture d’une grande sobriété, ils s’insèrent dans la trame pour la densifier et installer un paysage multicolores d’un pays avorté au bord de l’implosion.
Un roman vibrant d’amertume et d’espoir prisonniers d’une main de fer. Un appel au secours.
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