La scène est tout entière fermée par un grand mur, qu’un trait - une fissure - vient barrer en son milieu. Dans cet espace réduit, pliés par un plafond trop bas, qui les oblige à casser le buste, les acteurs évoluent durant tout le spectacle. Présents continûment en fond de scène, ils viennent alternativement jouer leurs répliques, comme pour les jeter par une ouverture sans espoir.
Les scénettes se succèdent de façon dynamique, parfois entrecoupées de musique électro-progressive, qui, en même temps qu’un changement de luminosité, marque les intermèdes à l’action dialoguée. La pièce met en scène des personnages en proie à leurs viles passions, qui les tord de cris, de violences.
Par exemple, on assiste à une inversion du jugement de Salomon : ici le juge ne tranche plus pour sauver l’enfant et le confier à sa mère, il reste muet face à l’enfant qu’elles se disputent, dans un état d’abandon tel qu’il en meurt.

On redécouvre un auteur, une de ses pièces les plus fortes, à travers du travail bien fait, une mise en scène efficace, des acteurs justes, mais pour un résultat attendu et peu captivant. Les personnages sont soumis à un processus d’auto-dissolution trop aisément lisible.
Le propos est trop répétitif pour s’attacher l’attention du spectateur. L’intrigue - l’achat d’un nouveau-né à une mère en détresse par une femme ayant perdu le sien au berceau quelques années plus tôt - paraît conduire inéluctablement à un dénouement funeste.
Face à la cruelle dérision des situations, à la détresse ultime dans laquelle se débattent les personnages, on a vite l’impression d’une mécanique implacable, bien ajustée, qui ne sert qu’à exhiber vainement les fragments d’une humanité broyée par des tensions qui la dépassent tout en la constituant.
Die Ratten (Les Rats)
de Gerhart Hauptmann, mise en scène Michael Thalheimer
avec : Constanze Becker, Michael Benthin, Henrike Johanna Jörissen, Katrin Klein, Niklas Kohrt, Horst Lebinsky, Sven Lehmann, Lotte Ohm, Barbara Schnitzler, Isabel Schosnig, Mathis Reinhardt, Regine Zimmermann
La Colline, 75020, Grand Théâtre
du 19 février 2010 au 21 février 2010
spectacle en allemand surtitré en français
production Deutsches Theater Berlin
en partenariat avec le Goethe-Institut de Paris
Le spectacle a été créé au Deutsches Theater le 6 octobre 2007
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