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Théâtre
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Le climat est d’emblée plombé par les costumes, la rigidité des postures, les résonances, le décor - une forteresse impersonnelle -, la grandiloquence des intonations. Un jeu qui semble délibérément surfait, une succession de poses dans lesquelles la voix joue un rôle incantatoire. Une scène démesurée accueille une chorégraphie d’allure protocolaire qui risque de porter préjudice à un texte qui se trouve par là sacralisé.
Stanislas Nordey a choisi de construire l’espace scénique comme un jeu d’échecs ; très vite, les pièces de ce jeu apparaissent impotentes, empêtrées dans leur identité. Les personnages sont figés, érigés dans leur posture, mis à distance de l’engagement qu’ils figurent. Une telle ironie à l’égard d’un texte déjà daté s’avère problématique.

Fallait-il regarder de si loin ce texte qu’il ne puisse plus qu’à grand peine nous parler ?
Le choix des vociférations fait perdre aux dialogues toute portée pratique, puisque toute épaisseur psychologique est ôtée aux personnages. Le surlignage de la dimension militaro-religieuse du terrorisme conduit à désamorcer l’argument sacrificatoire que développe pourtant la pièce. Une mise en scène d’apparat, qui déjoue trop ostensiblement le texte. La dialectique de l’ordre et de la justice, chère à Camus, est comme cristallisée par la mise en scène.
De la sorte, l’efficacité du propos devient étroitement dépendante de l’interprétation des acteurs. En l’occurrence, Wouadji Mouawad, Laurent Sauvage et Véronique Nordey réussissent leur prestation, reléguant les autres au second plan. Des paroles jetées face au vide comme devant l’absolu servent dans leur succession une tragédie finalement manquée.
C’est sans doute par excès de confiance que pêche Stanislas Nordey ; le messianisme désabusé dans lequel il fait jouer ses acteurs les met en situation de devoir défendre le texte par leurs propres moyens. L’humanité que manifestent les comédiens les plus heureux de ce plateau apparaît comme conquise par effraction sur les consignes drastiques de l’inscription scénique.

La pièce est montée comme une révélation ; les meilleures partitions des acteurs se situent à terme. La dramaturgie mise en place interroge le grandiose sans suffisamment le bousculer.

Les Justes
d’Albert Camus

Mise en scène
Stanislas Nordey

avec : Emmanuelle Béart, Vincent Dissez, Raoul Fernandez, Damien Gabriac, Frédéric Leidgens, Wajdi Mouawad, Véronique Nordey, Laurent Sauvage

Collaboratrice artistique Claire Ingrid Cottanceau, scénographie Emmanuel Clolus, lumière Stéphanie Daniel, son Michel Zürcher, costumes Raoul Fernandez, assistant Yassine Harrada, construction du décor atelier du Grand T / Nantes, atelier costumes Caraco Canezou, chaussures Pompéi Galvin, tailleur Julien de Caurel

La Colline, Paris 20e, Grand Théâtre
du 19 mars 2010 au 23 avril 2010

Théâtre national de Bretagne - Rennes
du 2 mars au 13 mars 2010
Théâtre des Treize Vents - Montpellier
du 27 avril au 30 avril 2010
La Comédie de Clermont-Ferrand
du 4 au 6 mai 2010

Théâtre Français du Centre National des Arts - Ottawa
du 28 septembre au 2 octobre 2010
Théâtre National Populaire - Villeurbanne
du 8 au 16 octobre 2010
Grand Théâtre de Luxembourg
du 20 au 21 ou 22 octobre 2010

Production
Théâtre national de Bretagne - Rennes, Compagnie Nordey, Grand Théâtre de Luxembourg, Théâtre National Populaire - Villeurbanne

Le texte de la pièce est publié aux Éditions Gallimard



Il y a 3453 signes dans cet article.
Christophe Giolito, le 14 avril 2010 - article3991.html
Albert Camus, Les Justes, coll. "Folioplus classiques ", commentaires de Sophie Doudet, Gallimard, janvier 2010, 167 p. - 5,00 €
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