Papier peint années soixante-dix, contrastes d’ambiance, réjouissances et climat angoissant, comme dans un film d’horreur. Un ensemble résolument composite, décalé, utilisant une scène construite comme un cadre à trois dimensions, mobile, ménageant un espace sous la scène, et un fond de scène accessible par une porte et visible à travers une fenêtre.
Le spectacle s’impose d’abord comme une chorégraphie : une danse déjantée, des gestes et des postures à forte connotation sexuelle, initialement inspirés de l’univers pictural de l’artiste américain Henry Darger. On entre lentement, difficilement, dans une pièce savante qui enchaîne des tableaux hétérogènes bien portés par des acteurs faisant tous une composition remarquable.

L’éveil du printemps, dans une version expurgée, conte de façon elliptique la découverte de la sexualité lors de l’adolescence. Guillaume Vincent la sertit dans une esthétique raffinée, travaillée, mais restant d’expression très directe et très accessible. Les variations de décor, de casting, de costumes, parviennent à exciter l’attention, à porter un regard ironique mais bienveillant sur un texte un peu daté, trop « fin de siècle ». Les corps traversés de spasmes et d’appétits se happent et se lapent par rencontres factices et prégnantes.
Guillaume Vincent construit un opéra scénique insolite et excentrique, comportant des esquisses de chorégraphie témoignant d’une grande sensibilité dans la violence. Des corps flirtent habillement avec la figuration de leurs ébats. De belles trouvailles, certes parfois tirées en longueur, transforment le drame de Wedekind en comédie baroque. Des tableaux d’une redoutable efficacité sont l’occasion pour les acteurs de témoigner d’une réelle virtuosité scénique.
Une soirée réjouissante et suggestive, propre à témoigner, si besoin était, de la vitalité du théâtre contemporain.
L’Éveil du printemps
d’après Frank Wedekind
mise en scène Guillaume Vincent
avec Émilie Incerti-Formentini, Florence Janas, Pauline Lorillard, Nicolas Maury, Philippe Orivel, Matthieu Sampeur, Cyril Texier
chorégraphie David Wampach ;création sonore Olivier Pasquet ; dramaturgie Marion Stoufflet ; scénographie Alexandre de Dardel ; lumières Nicolas Joubert ; costumes Lucie Durand marionnettes Bérengère Vantusso ; régie générale Rémi Papin ; régie son Adrien Wernert
La colline, théâtre national, petit théâtre, du 12 mars 2010 au 17 avril 2010 Compagnie MidiMinuit, Nouveau Théâtre - Centre dramatique national de Besançon, La Colline - théâtre national, Centre chorégraphique national de Franche-Comté à Belfort, La Comédie de Reims - Centre dramatique national, Centre dramatique régional de Tours, la ville de Marseille avec la participation artistique du Jeune Théâtre National et de l’ENSATT
Le texte de la pièce, traduit par François Régnault, est publié aux Editions Gallimard dans la collection « Le manteau d’arlequin », 1983.
Tournée : Résidence de création au Centre chorégraphique national de Belfort (7-18 décembre 2009), Centre dramatique national de Besançon (21-29 janvier 2010), Centre dramatique régional de Tours (2-6 février 2010), Centre dramatique national Thionville-Lorraine (2-5 mars 2010), Comédie de Reims - Centre dramatique national (21-24 avril 2010), Le Cratère - Scène nationale d’Alès (27-28 avril 2010).
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