Etoile de feu
Acide que cette poésie en prose que les éditeurs, à raison, ont comparé aux Chants de Maldoror ou à Nadja tant la fureur de la passion s’inscrit au fil des pages provocant à son corps défendant - enfin, on l’espère ! - la combustion du lecteur... D’ailleurs, Vollmann - qui est passé maître es provocation - n’ouvre-t-il pas son poème par une photo sépia d’un con justement écarté de deux mains félines pour que la lumière le frappe aveuglément ? Nous sommes donc dans la profanation des bonnes mœurs, braves gens prudes passez votre chemin, vous allez rougir jusqu’à la racine de vos cheveux. Mais doit-on toujours l’excès quand on veut témoigner d’une folie amoureuse ? Doit-on franchir le Rubicon dès lors que les sens dominent ? Certainement, il suffit du tiède et du bien dit car correctement énoncé la dépendance au sexe se dira manifestement dans l’emploi de mot cru, de paraboles affolantes, de scènes hallucinantes. Mais n’est-ce pas cela, aussi, le délice de se perdre ? L’homme amoureux est fou, l’homme passionné est déraisonnable et le sel dans le sang désamorce toute tentative de bonne tenue. On le sait, on ne jouit jamais autant que dans l’interdit, dans la profanation, dans l’incendie des affects. Alors pourquoi s’en cacher ?
Pour un américain, Paris est tout sauf un musée à ciel ouvert mais bien le repaire des gourgandines, des filles de joie et de l’amour fou. Alors, quand Vollmann vient en France pour la promotion de son dernier roman, il s’amuse à se perdre dans la ville durant son temps libre. Qu’en a-t-il fait ? Lui seul le sait. Mais il nous livre ici une ode d’une rare acuité sentimentale qui ne renie rien. Les rencontres, les fantasmes, les délires : d’une paire de fesses vue et suivie dans la métro, s’insinue l’idée d’un tunnel, une cour intérieure dans laquelle il pourrait se faufiler. La Parisienne est la muse idéale, cette femme aguichante et rebelle qu’il faut savoir dompter pour en tirer toute la quintessence. La Parisienne qui assume sa féminité et son amour du sexe - pas comme ces Américaines qui crient au harcèlement dès que vous leur faites un compliment sur leur tenue vestimentaire - pourra bien le mener vers le chemin de la félicité, loin de l’Amour Mort qui le hante depuis si longtemps...
Il la rencontra, ils s’aimèrent, il la nomma son Etoile de Paris. Tel un baume sur son âme meurtrie elle recomposa l’homme en s’adonnant au plaisir des corps perdus. Mais comme tout doit avoir sa fin propre, elle partit quand il dut rentrer. Ses "aisselles sont des églises d’encens et de cire ; (ses) baisers approchent la cage des chandelles " et son "con l’embrasse avec sa propre langue, qui est vert doré et saupoudré de sucre comme les confitures d’abricots de chez Gérard Mulot. La femme serait donc l’avenir de l’homme, étoile filante dans le cosmos de nos inhibitions ?
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| William T. Vollmann, Etoile de Paris, illustrations de l’auteur, traduit de l’américain par Claro, coll. "Lettres anglo-américaines", Actes Sud, février 2010, 79 p. - 15,00 € |
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