Une relation intense s’installe d’emblée entre deux personnages. Un instant mystérieuse, elle se révèle vite mêler guerre, amour et mort. Des tableaux relativement brefs se succèdent, chacun présentant souvent une situation dramatique traitée visuellement sur le mode de la légèreté, ambiancée de façon variable, souvent pour en accentuer la gravité, par une bande-son d’autant plus présente qu’elle occupe l’espace scénique pendant les changements de tableaux, que les acteurs effectuent avec la plus grande dextérité dans le noir.
Joël Pommerat se plaît à enchaîner des scènes de contexte différent (en boîte, en forêt, au bureau, dans l’intimité) portées par de nombreux effets de lumières, d’odeurs. La scénographie construite à partir d’un espace central conçu comme un plateau ouvert, souvent encerclé de lumière, entouré de gradins, souligne l’effet d’artifice. Les êtres sont facilement mis par la dramatisation des tableaux présentés face à leurs doutes les plus intimes.

L’auteur brode des bribes de sens autour d’un de ses thèmes favoris : l’interrogation sur le vrai, le faux, la manipulation. Le spectacle paraissant initialement sans fil conducteur prend peu à peu son sens ; à travers une interrogation sur le service, la servitude, il traque dans notre société la persistance d’irrépressibles rapports de domination.
Les situations de médiatisation, d’humiliation sont rapprochées des scènes d’asservissement domestique. L’intervention d’un présentateur mi-loyal mi-bonimenteur permet à la fois d’actualiser le propos et d’impliquer les spectateurs dans cette ronde des rapports de pouvoir à laquelle nous n’échappons jamais, même si nous n’en pouvons mais.
Pourtant les liens qui sont tissés entre les scènes ne sont que ténus ; ils ne constituent que la trame d’un maillage décousu. Cela peut expliquer que tous ces beaux instants de spectacle pur ne parviennent qu’avec peine à se cristalliser en une pièce consistante : c’est que chaque tableau semble valoir pour lui-même, sans trouver autre part que dans la fantasmagorie de l’auteur une cohérence qui apparaît d’autant plus fragile qu’elle est emprunte de subjectivité.
Cercles/Fictions
Texte et mise en scène : Joël Pommerat
Avec : Agnès Berthon, Jacob Ahrend, Saadia Bentaïeb, Gilbert Beugniot, Frédéric Laurent, Serge Larivière, Ruth Olaizola, Dominique Tack.
Assistante : Martine de Michele ; Lumière : Éric Soyer, en collaboration avec Jean-Gabriel Valot ; Scénographie : Éric Soyer ; Costumes : Isabelle Deffin ; Réalisation des accessoires : Thomas Ramon ; Réalisation sonore : François Leymarie ; Recherches musicales et compositions : Antonin Leymarie, Grégoire Leymarie ; Régie son : Grégoire Leymarie ; Régie lumière et pupitrage : Jean-Gabriel Valot ; Direction technique : Emmanuel Abate
Théâtre des Bouffes-du-Nord • 37 bis, boulevard de la Chapelle • 75018 Paris 34 Du 26 janvier 2010 au 6 mars 2010, par la Compagnie Louis-Brouillard
Texte à paraître chez Actes Sud-Papiers.
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