Une expérience existentielle nous est présentée sur le ton léger du music-hall ; les comédiens adoptent un procédé de chansonniers pour exposer une histoire à la fois ordinaire - celle des étapes de la séduction, puis du mariage - et extravagante, par son rythme soutenu, par ses raccourcis cocasses, les intentions et les stratégies rudimentaires qu’elle prête aux personnages.
Les ressources de la comédie musicale sont utilisées pour tourner l’ensemble des dialogues et des situations en dérision. Le décor constitué d’un intérieur assez peu déterminé pour permettre des variations, comporte des éléments kitsch - allant des bibelots de porcelaine à cette grande poupée dégingandée digne d’Annette Messager - ainsi que de discrets signes de gravité comme cette ménorah ou ce masque mortuaire (qui peuvent être vus comme un hommage à l’auteur de la pièce).
Tous les éléments de décoration sont utilisés à plein par des acteurs généreux, animés d’un engouement entraînant. Et Agnès Ponthier y révèle, par sa prestation convaincante, un joli tempérament.

De l’histoire de deux ratés gravitant autour d’une calculatrice, Anokh Levin a fait, grâce à un flot de répliques souvent drôles et acerbes, une comédie libertine aux accents existentiels. Les trois joyeux lurons parviennent, grâce à une musique populaire (de la variété aux Blues Brothers), grâce à leur incarnation réussie d’un type humain attachant, à présenter un spectacle frénétique et gai.
On assiste à des bribes denses et alertes d’existences malmenées par l’accélération d’événements qui les régissent et les interrogent ; dans le tourbillon de leur aveuglement, le moindre truisme prend alors des accents pataphysiques.
Sans doute, en faisant le choix d’un dynamisme trépidant, Frédéric Bélier-Garcia est-il conduit à escamoter les répliques les plus incisives et les plus heurtées de la pièce. Mais le parti-pris résolument ironique et rieur adopté pour faire vivre ce condensé d’existence relève d’une joyeuse cohérence.
Yaacobi et Leidental
de Hanokh Levin
mise en scène Frédéric Bélier-Garcia
Comédie en 30 tableaux et 12 chansons musique Reinhardt Wagner
avec Manuel Le Lièvre, David Migeot, Agnès Pontier
Théâtre du Rond-Point, salle Roland Topor, du 19 janvier au 26 février 2010.
Plus d’infos, réservez en ligne, etc.
Spectacle créé au Nouveau Théâtre d’Angers, le 29 septembre 2008, depuis en tournée.
Du 1er au 5 mars à Nantes, du 8 au 11 mars à Angers, le 12 mars à Château-Gonthier, du 16 au 20 mars à Lyon, du 23 au 26 mars à Marseille, du 29 mars au 1er avril à Nantes, le 2 avril à Saint-Mars-la-Jaille, les 9 et 10 avril 2010 à Angers.
Le texte de la pièce est publié aux éditions Théâtrales sous le titre Hanokh Levin Théâtre choisi 1 en 2001.
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