Polar politique qui met en scène un sujet d’actualité souvent méconnu. La Corée du Nord fait les gros titres, mais connait ce qui s’y passe ? Personne puisque le pays est fermé, comme jadis l’Albanie. Voici donc une occasion d’en savoir plus en s’amusant à suivre le périple dramatique d’une jeune Coréenne fuyant la terreur de Pyonggyang.
Pour nous guider, Pascal Vatinel, sinologue, qui s’est consacré à l’histoire et à la philosophie chinoise ; mais surtout au Symbolisme et aux Nombres dans les principaux classiques de la pensée taoïste. On lui doit L’affaire du cuisinier chinois (Rouergue 2007) qui démontrait déjà ses connaissances de la société chinoise.
Dans ce thriller subtil il joue avec les masques et nous tient en haleine dans une Chine où s’affrontent évangélistes mandatés par la CIA, services secrets nord-coréens et police chinoise. Un joli panier de crabes.
Intriguante Corée du Nord qui souffle le chaud et le froid sur l’échiquier international. Mais derrière cette vitrine politique, quels sont les réels enjeux ? Faisant entendre un faisceau de témoignages issus des récits des réfugiés, Pascal Vatinel parvient à restituer une réalité trop souvent insoutenable. Les dangers auxquels s’exposent les résistants, ou ceux qui tentent de fuir, sont au-delà de l’imaginable. L’enfer sur terre pourrait bien être en Corée du Nord.
Tout commence en octobre 1988 quand Kim Young Im, une jeune institutrice ose franchir le Rubicon et quitter ce pays maudit. Mais traverser le Yalu, le fleuve qui tient lieu de frontière, n’est pas ce qu’il y a de plus compliqué. S’enfoncer ensuite dans la Chine profonde, échapper aux hordes de bandits de grands chemins, est une toute autre histoire...
Ainsi, le lecteur suivra le périple de deux femmes et d’un nourrisson sur plus de 3500 kilomètres jusqu’à la frontière de la Thaïlande, et n’en croira pas ses yeux. Une fois franchi cet unique passage qui donne accès à la Corée du Sud, les ennuis ne s’envolent pas pour autant en fumée. Mais le salut viendra du révérend américain Fitzgerald. Enfin, le croit-on car la vérité est autre...
C’est vingt ans plus tard, en mars 2008, à l’occasion d’une rencontre impromptue avec un journaliste chargé d’un reportage sur les filières d’évasion Nord-Coréennes que Kim se remémorre certains épisodes de sa fuite. Mais les blancs qui segmentent son récit donne au journaliste une orientation pour ses recherches. La mémoire revient petit à petit : qu’est-il advenu de Ahn Sei Ok, l’amie de Kim qui l’accompagnait ? Est-elle toujours prisonnière de la mafia chinoise ? Et pourquoi l’ingénieur Baek Jun, son amoureux d’alors, n’est-il jamais parvenu jusqu’aux rivages de Thaïlande ? Qui était cet homme aux yeux vairons qui les a interrogés à la mission ? Les évangélistes servent-ils de couverture à des missions de la CIA ?
Autant de questions qui exigerons des réponses. Et lorsque les masquent tombent c’est la nature humaine qui apparaît dans toute sa noirceur.
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