Le fait de consacrer une biographie à Pascal Jardin a de quoi surprendre et intriguer le lecteur avisé. De fait, l’importance du personnage en tant que scénariste et écrivain reste très discutable, ce qui porte à se demander s’il mérite d’être ainsi honoré, lui plutôt que Paul Gégauff, par exemple. En revanche, son extravagance notoire et ses liens avec une kyrielle d’acteurs et de cinéastes célèbres peuvent justifier cette initiative, et mettre le public en appétit pour le récit de sa vie.
D’après la quatrième de couverture, Fanny Chèze (biographe débutante) a travaillé pendant cinq ans à ce livre ; on n’en doute pas, car les efforts qu’elle a faits pour se documenter sont manifestes et appréciables, comme le nombre de témoignages sur lesquels elle s’appuie. Malheureusement, sur le plan critique, l’ouvrage reste hésitant et superficiel : l’on n’y trouve pas une mise en perspective satisfaisante du travail de Jardin, peut-être parce que Chèze est loin d’avoir les compétences requises (celles d’un historien du cinéma), comme on s’en rend compte à la lecture de phrases telles que : "Fernandel est un acteur de mélodrame et le réalisateur ne peut l’entraîner dans la direction souhaitée du scénario." (p. 120)
La biographe semble le plus souvent se fier au jugement des gens de cinéma qu’elle a interviewés, faute de connaissances qui lui auraient permis d’évaluer la carrière de Jardin scénariste.
De façon très regrettable, elle accorde autant ou plus d’attention à ses films mineurs qu’à ses meilleures réussites artistiques, manquant ainsi l’occasion de faire une vraie lecture critique de son parcours. S’agissant de ses livres, elle est bien plus efficace, notamment lorsqu’elle explique le succès de La Guerre à neuf ans en le situant dans le contexte littéraire et idéologique de l’époque.
Quant au plan proprement biographique de l’ouvrage, il pâtit du parti pris de psychanalyser Jardin post mortem - un usage certes très courant mais pas moins déplorable, d’où ressort l’image simpliste d’un homme traumatisé d’abord par ses parents, puis par une liaison précoce qui l’aurait rendu fétichiste pour le reste de sa vie. Il va de soi que, réduit à ce schéma, le personnage apparaît pitoyable plus qu’intéressant, quoique Chèze n’ait certainement pas voulu obtenir ce résultat.
C’est bien dommage, car les anecdotes qu’elle a recueillies auraient pu servir de base à un récit savoureux et complexe, si elles avaient été exploitées avec finesse au lieu d’être toujours ramenées au même cliché psychologique.
En définitive, l’on reste sur l’impression d’une biographie complètement ratée en dépit du travail fourni par l’auteur et de ses bonnes intentions.
Fanny Chèze étant encore débutante, on espère qu’elle réussira mieux la prochaine fois.
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