Il s’agit d’une histoire d’amour malheureux en plein Far West. La jeune fille, Isabel, est condamnée au mariage par son père, une brute épaisse secondée par une belle-mère acariâtre. Mais la jeune fille blanche séduit un Noir, Tristao, plutôt que d’épouser le Blanc très fade que son père lui destine. Il s’ensuit une recherche effrénée... la jeune fille se cache, les deux amoureux quittent tout, l’argent manque, lorsque le Noir parvient enfin à arracher la pépite à la mine d’or qui les sauverait de la misère - entre temps elle s’est prostituée - les hommes du Ku Klux Klan le condamnent mais la jeune fille le sauve in extremis de la mort. Elle a consenti à troquer sa couleur de peau contre celle de l’amant. Le père acceptera alors de côtoyer son gendre à contrecœur jusqu’à ce qu’une ultime confrontation règle définitivement le conflit.
La scène, petite, est faite de caillebotis de bois que l’on relève quand une division de l’espace est nécessaire, les musiciens vont et viennent hors et sur les planches, les comédiens se mêlent à eux...
Le moment est roboratif, pétillant et drôle, la musique est omniprésente : blues, gospel, country relaient des scènes de business show. Des musiciens et des chanteurs folk ironiques et au son juste. Une belle voix féminine. Des moments franchement drôles comme une scène de rencontre avec un chef indien. Un bonimenteur vante les mérites de la mélanite, élixir à tout faire, propre même à faire du Noir un Blanc. On passe du mime grotesque au merveilleux. Des trouvailles de mise en espace simples (humbles même) et efficaces : un comédien figure un personnage tantôt blanc tantôt noir selon la face qu’il donne à voir aux spectateurs.
Les stéréotypes qui fournissent la trame du propos sont implicitement remis en cause mais on peut se demander où va le propos. La dénonciation du racisme passe-t-elle par l’adoption de ce genre théâtral tombé en désuétude, auquel le terme de Blackface renvoie, où des Blancs grimés en Noirs se moquaient de l’homme noir ?
Claire Lassecarre
Blackface
D’après le roman Brésil, de John Updike
Txte, idée, conception et mise en scène :
Vincent van Warmerdam et Michel Sluysmans
Avec :
Harald Austbo, Joost Belinfante, Cato Van Dijck, Maud Dolsma, Porgy Franssen, Mike Libanon, Theo Sieben, Michel Sluysmans, Lies Visschedijk
Durée du spectacle :
1h20
Une production de la troupe néerlandaise Orkater avec le soutien de l’Ambassade du royaume des Pays-Bas.
Pour plus d’informations concernant cette pièce donnée en néerlandais surtitré, consultez le fichier .pdf de présentation, en passant par le site de la MC93 Bobigny.
NB - Le spectacle a été joué du 4 au 7 février 2010 à la MC93 Bobigny dans le cadre de la 7e édition du festival Standard Idéal MC93.
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