http://www.lelitteraire.com
l'Actu des livres
 Contacter
 Pierre Chaffard-Luçon
Ses derniers articles :
Failles
Siegfried III - Le crépuscule des dieux
La marche du crabe - L’empire des crabes
Les cités de Lumière IV - La saison de la Paix
Dans l’antre des esprits
Les aigles de Rome - Livre III
Quai d’Orsay
Confessions d’un Templier III : Les aveux du Grand Maître.
Le Clan Fimbulson
Empire USA saison 2
Création
Bérénice
Le chant des Psychomorphes - Rentrée 2011
Un plan sur la comète
Le Marin, l’Actrice et la Croisière Jaune
Discussion avec Brunor.
J’emmerde la télé
Dong Xoai, Vietnam 1965
Les cités de Lumière tome 3 : La saison de la Guerre
Vigilantes tome 1 : Le signe
  
4695 articles en ligne


Dossiers
afficher une version imprimable de cet article Imprimer cet article

"Sur une feuille blanche j’ai griffonné, Dans un trou vivait un Hobbit. Je ne sais pas et je ne savais pas pourquoi."

C’est par ces mots que Tolkien explique comment l’idée d’écrire The Hobbit lui est venue. C’est le livre qui a bercé de nombreux enfants depuis 1927.
Et c’est une simple phrase qui lança l’imagination du professeur de philologie. Par ces mots naquit Bilbo Baggins, un des trois petits porteurs de l’anneau.

Et étonnamment, il en va de même pour moi en tant que critique. Je ne suis né critique que grâce aux œuvre du père de l’anneau. Car je ne me serais jamais lancé dans cette voix si mon cher professeur de philosophie et directeur de rédaction ne m’avait pas proposé de critiquer le dernier Tolkien "à sortir". Je me souviens encore de lui avoir jeté un regard étonné. Il me savait connaisseur du Seigneur des Mythes et je ne voyais de quel livre il voulait parler... A dire vrai je ne faisais pas attention aux parutions à venir à l’époque et me concentrais sur le passé. Le 17 février dernier, il y a un peu plus d’un an, ma critique sur Mister Bliss paraissait. Et depuis, je n’ai pas arrêté.
Mais je peux me poser légitimement la question : qu’ai-je fait en un an de critique ? Ai-je apporté quelque chose au Littéraire ? Ce n’est pas à moi d’en juger. Je ne peux ici donner que mon intention : ouvrir un peu plus Le Litteraire aux jeunes.
En effet, étant le critique le plus jeune du site, j’ai eu le sentiment en m’y baladant pour la première fois que les articles sur des ouvrages sérieux étaient en grand nombre (et j’ai ainsi découvert des facettes de la littérature jusqu’alors inconnues pour moi) mais qu’un jeune n’y trouvait que trop rarement son plaisir.
Ainsi, je me suis donné une mission : écrire sur des ouvrages "de jeune" afin que ceux-ci s’habituent au site et, qui sait, un jour lise la critique d’un de mes confrères et se plonge dans un livre "sérieux".
En écrivant le plus souvent dans la SF/Fantasy, que ce soit BD ou livre, j’y recherche les perles rares à paraître, ne trouvant que trop souvent des ouvrages où tout est écrit pour plaire au plus grand nombre, en mettant l’art de coté. Mais ne désespérons pas, nous trouverons les trésors de cette littérature !

Mais à chercher, il m’arrive d’oublier que j’ai déjà sous les yeux le plus grand des trésors en Tolkien. Laissez-moi vous parler de ses œuvres d’une manière moins habituelle. Et pour cela, je vais attaquer un préjugé que de nombreuses personnes m’ont ressorti depuis un an : Non, Tolkien n’est pas un auteur pour les adolescents. Une majeure partie de mes critiques sont sur des livres pour jeunes. Je critique tous les Tolkien.
Donc Tolkien écrit pour les jeunes. Sophisme s’il en est. Mais je suis navré de décevoir les personnes sûres d’elles, celles qui affirment la suprématie des grands auteurs de la Pléiade, des grands classiques, reléguant les œuvres de Tolkien et de ses successeurs au rang de lecture de "divertissement". En premier lieu, la lecture est toujours un divertissement, mais là est un autre débat. En second la Fantasy n’est pas nécessairement faite pour les adolescents. Elle a une place dans l’horizon des grands livres du siècle passé. Une preuve ? Allez lire les Contes Perdus de Tolkien... Si vous pensez que le lecteur moyen de quatorze ans peut les lire facilement, prévenez-moi !

Nous connaissons donc tous Tolkien en tant qu’écrivain du Seigneur des Anneaux. Tous savent aussi qu’il a inventé des langues plus que complètes. Mais combien savent que ces langues s’enseignent dans des certaines universités ou écoles (dont celle de Birmingham en Angleterre) ? Que derrière l’Anneau et le Hobbit se trouve le Silmarillion ? Plus rares sont ceux qui savent que derrière cet ouvrage sur l’histoire de la Terre du Milieu et la guerre des Silmarils, joyaux enfermant la pure lumière des arbres de Valinor, se trouvent les contes perdus, les contes et légendes inachevés et d’autres œuvres permettant au lecteur de comparer plusieurs versions de la même histoire ou de lire des passages inédits. Des ouvrages pour parfaire son savoir, comprendre Tolkien, sa création...
Nous regrettons de nos jours l’ignorance de la jeunesse dans le domaine de la culture. Mais sommes-nous nous même attentif à aller plus loin que le "prime abord", à ne pas nous arrêter aux préjugés dans des domaines que nous maîtrisons ?
Ayons la curiosité intellectuelle que nous affirmons ne pas trouver dans notre jeunesse et acceptons de nous pencher sur ce que la masse ne classe pas dans les "grands classiques" mais les "gros succès"... Nous serions parfois surpris de constater que ces succès sont, quelques fois, meilleurs que certains classiques.

Un tel acharnement à défendre Tolkien semble relever du fanatisme. Oui et non. Tolkien est pour moi le père de la fantasy, mais comme tout père, il a ses défauts. Et un de taille : tous les écrits que nous avons de lui, sauf quelques ouvrages tel Le Seigneur des Anneaux, Bilbo le Hobbit ou Le Fermier Gilles de Ham, sont posthumes. C’est son fils qui a travaillé les notes apparemment désordonnées du professeur afin de retrouver la volonté de l’auteur. Et cela rend le travail du lecteur bien plus important que d’habitude : lire Tolkien revient, le plus souvent, à travailler tel un archéologue de la littérature, à comparer les textes pour comprendre l’évolution de l’ensemble.
Effectuer ce travail offre ainsi un intérêt que nous ne rencontrons que trop rarement : en lisant les ouvrages moins connus de Tolkien, les versions antérieurs de tel ou tel texte, nous arrivons à comprendre l’évolution du monde dans l’esprit de l’auteur. Nous assistons à la lente genèse des Terres du Milieu, à leur évolution. Un labeur de passionné que peu se donnent le temps de faire. Et cela laisse courir de nombreuses rumeurs sur cet auteur qualifié, à tort, d’auteur pour adolescents... Si nous ne regardons que la partie émergée de l’iceberg, tel est le cas. Mais sous les eaux profondes se trouve le réel trésor. Entre comparer les différentes versions écrites par l’auteur, critiquer les choix et sélection de son fils, il y a toujours de quoi discuter pour les spécialistes. Avec humour nous dirons : "N’en ayant pas assez, Tolkien recrute !"

Pour mon premier « anniversaire » de critique, j’ai pourtant décidé, avec amusement, de me contredire. Je me suis penché sur LE livre pour enfant de Tolkien, le premier ouvrage publié sur l’univers de l’anneau : The Hobbit, traduit par Bilbo le Hobbit dans la langue de Molière. J’espère cependant vous le faire découvrir sous un autre œil. Je n’ai pas choisi n’importe quel support.
J’ai décidé de me pencher sur la BD de 1991 de Wenzel suite à une adaptation de Dixon. Delcourt vient de ressortir cet ouvrage en un seul volume, plus connu sous sa forme en deux tomes.

Les raisons de cette réédition ? Elles sont nombreuses. Nous pouvons conjecturer que la future sortie d’un film, héritier des Seigneurs des Anneaux de Peter Jackson qui ont bouleversé toute une génération en lui faisant redécouvrir la fantasy, d’ici 2011, n’est pas la dernière. Bientôt tous se souviendront de ce livre et de sa BD. Ses ventes exploseront alors que le film réunira de nombreuses personnes au cinéma...
Enfin, c’est ce que nous pouvons espérer de mieux pour continuer à faire connaître Tolkien.

L’histoire de ce livre ayant lancé le professeur est assez étonnante. On ne sait pas quand l’écriture du manuscrit commença, celui-ci n’étant pas daté. Tolkien lui-même n’était pas sûr de la date : "Je crois que le premier chapitre (Une Réception Inattendue) fut écrit très vite avant 1935 et sûrement après 1930." Puisqu’elle avait été écrite pour ses propres enfants, Tolkien affirmait lui-même que son œuvre était destinée aux plus jeunes.
Le manuscrit original était d’ailleurs rempli de remarques et autres parenthèses pour les enfants, qui furent petit à petit retirées même si toutes ne disparurent pas. Humphrey Carpenter, l’auteur de l’ouvrage J.R.R. Tolkien, une biographie, relate une des étapes assez intéressante de la parution de l’ouvrage : "Le directeur des éditions, Stanley Unwin, pensait que les enfants sont les meilleurs juges des livres pour enfants, et il donna le Hobbit à son fils de dix ans, Rayner, qui le lut et lui fit son rapport : " Bilbo Saquet est un hobbit qui vivait dans un trou de hobbit et ne partait jamais à l’aventure, et enfin le sorcier Gandalf et ses nains l’ont persuadé de partir. Il a eu des moments passionnant à se battre contre les lutins et les wargs, enfin ils sont arrivés à la montagne solitaire : Smaug le dragon tout rouge est tué et après une terrible bataille avec les lutins il rentre chez lui - riche ! Ce livre, avec ses cartes, n’a pas besoin d’images, il est bon et devrait plaire à tous les enfants entre 5 et 9 ans."
Le garçon reçut un shilling pour son rapport de lecture et le livre fut accepté.
"
The Hobbit était une œuvre pour enfant, tous l’avaient compris. Et pourtant Tolkien le regretta bien plus tard. Oui, il avait en effet intégré dans son ouvrage de nombreuses références aux œuvres pour "grands" qu’il travaillait à coté. Il regretta même le ton de son livre "Laissez-donc les jeunes ! Je ne m’intéresse pas à « l’enfant » en tant que tel, moderne ou autre, et je n’ai sûrement pas l’intention de faire la moitié du chemin jusqu’à lui, ni même un quart. C’est une erreur de vouloir se mettre à la « hauteur », c’est inutile (quand ils sont stupides) ou pernicieux (quand on l’impose au plus doué)".
Et cela s’est ressenti dans ses écrits suivant : on lui reprocha d’avoir fait du Seigneur des Anneaux un livre pour "grand", au point qu’il faillit ne pas être édité.
On lui avait demandé une suite au Hobbit, une suite pour petit, ce qu’il ne fit jamais... Mais The Hobbit était le livre qu’il avait écrit pour ses propres enfants lorsque ceux-ci étaient jeunes, pour leur raconter de belles histoires comme le fait tout bon père de famille. Les enfants ayant grandi, il n’y avait pas de raison de recommencer...

Le livre parut le 21 septembre 1927. A Noël, tous les ouvrages avaient été vendus et une réimpression était nécessaire. Les critiques furent des plus élogieuses et prirent même l’auteur. Le Time écrivait : "Tous ceux qui aiment les livre d’enfant que les adultes peuvent lire devraient noter qu’une étoile nouvelle est apparue dans cette constellation (pour l’anecdote, cette critique est d’un des amis de Tolkien, C.S. Lewis...).
Et depuis, The Hobbit est une œuvre indétrônable. Combien de parents l’ont lu pour leurs enfants réfugiés sous la couette, prenant autant de plaisir à lire que les petits à écouter ? Une œuvre qui ne vieillit pas. Bilbo accompagne nombre de rêves d’enfants et parfois, ceux d’adultes !

Mais que sont ces hobbits ? Certains ont affirmé qu’ils étaient une déformation des Korrigans et autre peuple de lutin, d’autres une représentation de Tolkien pour les derniers enfants partis au pays imaginaire. Tant d’interprétations. Tolkien a tranché dans une interview : "Les hobbits sont simplement les Anglais de la campagne rapetissés pour indiquer l’étroitesse habituelle de leur imagination - ce qui n’est pas un manque de courage ni de puissance latente".
Quoiqu’il en soit, ce sont d’agréables petits bonshommes appréciant le confort et la nourriture, mais comme le dit Gandalf, ils peuvent toujours vous surprendre !

Et cette version BD n’est pas la dernière à étonner. Chaque case renferme une petite œuvre d’art, et aucun trait n’est bâclé. Recelant de magnifiques couleurs, sur un papier de qualité, l’ouvrage n’a rien à envier aux livres de l’éditeur français de Tolkien, Christian Bourgeois. Fidèle adaptation de l’œuvre de Tolkien, dans la même veine que le livre, tout dans cette BD se tourne vers les enfants. Mais les adultes y trouveront aussi leur plaisir : la joie de pouvoir se souvenir d’un livre lu il y a de nombreuses années, d’une histoire passionnante où ils croyaient encore aux dragons, elfes et autres créatures magiques.

"Dans un trou vivait un Hobbit
", et la légende était née...



Il y a 12092 signes dans cet article.
Pierre Chaffard-Luçon, le 16 mars 2010 - article3932.html
Tolkien, Bilbo le Hobbit, illustration de John Howe, Christian Bourgeois, octobre 2002, 300 p.- 50,00€
Adaptation BD : plusieurs versions disponibles
Existe aussi en format poche
©2004-2012 LELITTERAIRE.COM.
Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (texte, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par lelitteraire.com. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, transmise, rediffusée, traduite, vendue, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de La Rédaction.

Envoyer l'article à un ami
Destinataire  :
(entrez l'email du destinataire)

De la part de 
(entrez votre nom)

(entrez votre email)


afficher une version imprimable de cet article Imprimer cet article
générer une version PDF de cet article Version PDF



Tolkien, un auteur à (re)découvrir.
Entretiens sur l’art
Jacques Rancière à Marseille
 
http://www.lelitteraire.com
Les articles les plus consultés
 Recherchehttp://www.lelitteraire.com

Romans | Nouvelles | On en parle | Pôle noir | SF | Essais/documents | Inclassables | Poésie | Poches | Chapeau bas ! |
On jette ! | DVD | Théâtre | Les érotiques | Événements | Entretiens | Dossiers | BD | Jeunesse | Manga |
Beaux livres | Arts croisés | Le littéraire TV |

Copyright © 2004-2012 lelitteraire.com - Tous droits réservés - 
Site optimisé 1024x768 - IE 5x et +, Firefox 3.0.3 et +, Safari 4.0 et +

Rédaction
Contacts
Mentions Légales